"Australia",
ou quand le bonheur nous rend muet...
Nicole
Kidman met un terme à sa carrière. Faute de bons
scénarios, d'histoires intéressantes à défendre.
"Australia", de Baz Luhrmann, devrait donc être
son dernier film. Du moins c'est ce qu'elle prétend…
A la vue du bilan de cette saga hollywoodienne, longue et barbante,
je pense qu'elle a raison. Mal servie par la platitude du scénario
et l'inconsistance de son personnage, bien peu de choses ressortent
de ce film au niveau de son talent. Elle est froide, rigide et
fade, presque méconnaissable. Il est bien loin le temps
où elle s'investissait de façon magistrale dans
des chefs-d'œuvre tels que "The Hours", "Dogville",
"The Human Stain" ou encore "Cold Mountain".
Dans ces divers rôles, Nicole Kidman a prouvé qu'elle
faisait bien partie des meilleures actrices du monde. Oui, mais
tout cela, c'était il y a quelques années. Lorsque
Cruise l'avait quittée, lorsqu'elle s'était retrouvée
seule avec ses deux enfants, lorsque le bonheur commençait
lentement de quitter son petit jardin…
Car
tout le problème est là! Avant "Moulin Rouge",
elle était heureuse, même en vivant dans l'ombre
de son mari. Ses propres films étaient d'un banalité
navrante. Le bonheur lui suffisait et ses rôles au cinéma
n'étaient destinés qu'à la distraire un peu.
Avec son Tommy bien au chaud dans les bras d'une belle Espagnole,
sa somnolence s'est estompée, sa nonchalance s'est évaporée.
Sa sensibilité s'est affirmée, son sens du discernement
s'est révélé. Son talent était là
et il ne demandait qu'à exploser. Ce qui se matérialisa
dans les films cités plus haut. Entre 2001 et 2005, au
plan artistique, ce furent cinq années magnifiques! Avec
"The Interpreter", la belle Australienne mettait fin
à sa période (sur le plan sentimental) la plus noire.
Keith Urban alors, entra dans sa vie. Et le bonheur revint frapper
à sa porte…
Alors,
si cette actrice exceptionnelle décide sérieusement
de raccrocher, c'est sans doute en raison de ce bonheur nouveau.
Un mariage, la naissance de son premier enfant (les deux aînés
ont été adoptés), la joie de redevenir une
bonne épouse, une mère comblée et épanouie
sont occultés par sa soi-disant résignation à
ne plus trouver de rôles qui lui conviennent. Faux prétexte!
Excuse étayant l'affirmation que "les gens heureux
n'ont pas d'histoire". Par ses rôles majeurs dans les
années difficiles, par son renoncement aujourd'hui où
tout va mieux, Nicole Kidman mous prouve, de la plus éclatante
des façons, que le bonheur rend muet, qu'il atténue
l'affirmation de la personnalité et que la beauté
du geste occulte trop souvent la profondeur des sentiments…
Elle
veut être heureuse? C'est bien légitime et je lui
souhaite de tout cœur de le redevenir. Quitte à faire
une croix sur ses futurs rôles; lesquels, à l'image
de celui de Virginia Woolf dans "The Hours", m'ont retenus
huit fois dans mon fauteuil bien après la fin du générique,
le temps de mettre un peu d'ordre dans mes idées, dans
mon cœur et dans mes yeux, le temps d'y voir un peu plus
clair afin de quitter plus dignement la salle de projection…
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