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AOUT
2011 |
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Mercredi
24 août 2011 |
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| AA | Elles sont heureuses... Jeudi, 14 heures. J’arrive au Haras. Le ciel est couvert, la chaleur étouffante, mais l’endroit est magnifique. Le paddock, au cœur de plusieurs hectares de verdure, est entouré de quelques centaines de spectateurs. Dernière des "Journées portes ouvertes". Trois jeudis de suite, le public fut invité à découvrir le Haras national suisse. Fondé en 1899 et situé sur la commune vaudoise d’Avenches, le Haras est avant tout destiné à préserver l’ultime race chevaline de Suisse. Le "franches-montagnes", comme son nom l’indique, est un cheval jurassien de trait léger, dernier représentant ouest-européen du genre. Cent pour cent suisse, cet équidé de taille moyenne, polyvalent, d’un tempérament calme, s’adapte à toutes sortes de tâches. Dans les Franches-Montagnes, mais aussi dans tout le canton du Jura, attelé à une roulotte, il est très utilisé pour la balade touristique en campagne. Mais il peut être également très facilement monté, son caractère docile faisant de lui un compagnon de randonnée abordable même pour les cavaliers débutants. Dans les écuries du Haras national, une soixantaine d’étalons sont ainsi bichonnés, tous représentants d’élite d’une race qu’il faut absolument préserver. Hier donc, le Haras présentait ses activités au public. Tout au long de l’année, des apprentis suivent une formation spécifique, allant d’écuyer à maréchal-ferrant, en passant par palefrenier, sellier ou aide-vétérinaire. Les jeunes vont donc nous montrer ce qu’ils apprennent sur place. J’ai su le jour précédent seulement que ces démonstrations devaient avoir lieu. Sans savoir de quoi il s’agissait, j’ai débarqué à Avenches en espérant y voir mes filles, toutes deux apprenties écuyères en ces lieux. Je n’ai pas été déçu. Lorsque le speaker les a annoncées, lorsqu’elles sont entrées, seules et ensemble, sur le paddock, Maeva montant, dans un superbe costume d’époque, en amazone, Céline en tenue de saut, je n’ai pu, malgré un effort surhumain, empêcher que mon regard ne se voile. A cela, deux raisons. La fierté d’abord. Normale pour un père qui adore ses filles. Plus important: j’ai peut-être compris ici à quel point elles aiment ce qu’elles font. Pendant toutes leurs présentations (amazone, saut, quadrilles), leur aisance sur ces étalons m’a stupéfié! La grande ne s’est pas départie d’un sourire rayonnant (troisième année d’expérience, ça aide); la petite, ici depuis quinze jours seulement, était un peu plus crispée, mais s’en est magnifiquement sortie… Après cent minutes d’un spectacle magnifique (il y eut bien d’autres présentations), j’étais conquis. Par la beauté d’un sport impliquant le cheval dans plusieurs disciplines (ici saut, dressage, attelage, mais il y en a bien d’autres). Mais conquis aussi et surtout par la façon dont mes filles la vivent. A cheval, elles sont pleinement heureuses. J’en ai eu la démonstration flagrante. Une évidence qui ma sauté à la face comme jamais. Les avoir vues ainsi m’a fait un bien fou et ne pourra, désormais, que contribuer à faire passer certaines des douleurs qui me pourrissent la vie depuis plus de dix ans… |
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Samedi
20 août 2011 |
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| AA | Ciné: "Voyez comme ils dansent"… Au cœur de l'hiver canadien, Lise entreprend un long voyage en train. Sa caméra de vidéaste en main, elle erre entre deux villes canadiennes, Montréal et Vancouver, entre deux souvenirs d'un amour perdu. Vic a disparu, il y a quelques mois, lui laissant comme seule trace, une demande de divorce envoyée du Canada. Artiste s'estimant raté, il est parti traîner son mal de vivre dans d'autres contrées. Là, Alex entre dans sa vie. Elle est médecin, Indienne déracinée, évoluant presque malgré elle dans un monde sans âme et un pays volé à ses ancêtres. Bien que ne souffrant pas des mêmes maux, leur peine est identique. Ces deux-là vont s'aimer, se comprendre sans inutile discours. Mais un jour, Vic disparaît, définitivement… En transit dans la ville vers laquelle a fui son mari, Lise, malade dans le train, fait la connaissance de sa rivale. Et, très vite, lui dit qui elle est. Mais peuvent-elles se comprendre? Elle n'ont rien en commun. Tout les oppose. Tout, sauf les souvenirs de l'homme qu'elles ont toutes deux aimé… Figurant
depuis longtemps parmi mes cinéastes préférés,
Claude Miller, en signant ce très beau voyage au cœur de l'hiver
canadien, a fait revenir en moi les réminiscences de "Dites-lui
que je l'aime". Une cabane dans la neige, deux femmes, un homme perturbé.
Depardieu à cédé sa place à James Thierrée
(Vic), Miou-Miou à Marina Hands (Lise) et la très belle
Dominique Laffin à la non moins jolie Maya Sansa (Alex). Dans l'un
comme dans l'autre, l'atmosphère est douce, personne ne parle trop,
les sentiments se suffisent à eux-mêmes et transparaissent
sans peine sur l'écran. Du grand Miller. Un film superbe, tout
comme les paysages canadiens. Du cinéma comme je l'aime. Des actrices
(et acteurs) parfaits dans leurs rôles. Et puis, la découverte
étonnante de cette superbe comédienne italo-iranienne qu'est
Maya Sansa, campant ici une femme médecin amérindienne plus
vraie que nature. Trente-quatre ans après le film référence
cité plus haut, Claude Miller n'a rien perdu de son talent! Et
c'est avec joie et émotion que je le souligne ici... |
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Mercredi
10 août 2011 |
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| AA | L'homme qui marche... Ce soir, je voulais vous parler de l'Afrique. De la corne de rhinocéros, là-haut, sur la droite du continent. De la famine qui y sévit, comme à chaque époque où la chaleur dessèche jusqu’au plus profond des sillons de la vie. Parler des hommes, des femmes, des enfants. Qui meurent de faim. De ces deux mille cinq cents êtres humains qui, aujourd'hui, ont vécu leur dernier jour. Et qui, demain, seront suivis de 2'500 autres. Dans l'été pourri qui est le nôtre, les gens pestent contre leurs vacances à l'eau. Maudissant un ciel qui pleure. Contrairement aux mères africaines, trop sèches pour pouvoir verser ne serait-ce qu'une larme sur le crâne bouillant de leurs petits qui se meurent. Sans un cri, sans un pleur, dans une ultime torpeur, anesthésiés par la douleur, par la chaleur. Ce soir, je voulais vous encourager à donner. Le montant d'un seul de nos riches repas, multiplié par autant de nantis que nous sommes (en Europe), suffirait à sauver la plus grande partie de ces affamés, qui n'ont pas choisi de naître là où ils meurent dans une si grande indifférence... Ce soir, je voulais parler de l'Afrique. Mais je ne le ferai pas. Parce que je suis trop sensible. Parce que les images insoutenables que les médias diffusent, ne servent qu'à m'attendrir. Qu'à me fendre le coeur. Pour mieux le délester d'un billet bleu à l'effigie de Giacometti. Un billet de 100 francs. Au verso duquel figure "L'homme qui marche". Un homme squelettique, n'ayant que la peau sur les os. Un homme qui meurt de faim dans la sécheresse de son Afrique natale?... Une oeuvre du sculpteur helvète qui, l'année dernière, s'est vendue 75 millions d'euros. Somme que l'on atteindrait si chaque Suisse voulait bien en donner 10 pour la Corne de l'Afrique. Beaucoup l'ont déjà fait. Bien d'autres ne le feront pas. A chacun ses convictions et ses indifférences. Je refuse de faire partie des seconds. Tout en me demandant si le fait de donner ne serait pas un acte simplement destiné à soulager ma conscience... Parfois,
je rêve d’une retraite où je partirais là-bas.
Pour cuire du riz à tous ces malheureux. Mais je ne le ferai pas.
Trop préoccupé de finir ma vie dans la nonchalance, au cœur
d’un écrin de verdure, à la dérive d’un
monde imbécile qui ne jure que par la croissance, atteint d’un
Alzheimer dont le bon côté sera de me faire oublier toutes
les misères de cette civilisation… |
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Samedi
6 août 2011 |
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