AOÛT 2010


Canard colvert - Port de Versoix
Samedi 28 août

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L'importance des douze mois initiaux de cinq décennies...

1961.
Le 17 avril, lendemain de mon 7ème anniversaire, je débute ma scolarité obligatoire. Premier contact avec un environnement non familial et varié. La vie dans la petite communauté d’un hameau de campagne et la découverte de la beauté des femmes, spécialement celle de Mademoiselle Landry, ma première maîtresse. La seule institutrice de neuf années de scolarité. Elle est brune et a des yeux superbes. Elle m’intimide. Si tous les profs qui l’ont suivie avaient été du genre féminin, sans doute aurais-je appris à aimer les études et non pas, comme ça a été le cas, à n’apprécier que les récréations…

1971.
A ce jour encore, l’année que je considère comme la plus importante de ma vie. Si j’en regrette une parfois, c’est bien celle-là. En juillet, c’est le premier grand flirt. Avec Michèle et toute sa tendresse. En ce qui ne devait, finalement, se révéler qu’une passade, je vois le premier grand amour de ma vie. Cette fille qui m’initie, c’est la femme de ma vie. La naïveté d’un ado de 17 ans, synonyme d’une foi à soulever les montagnes... En septembre, premier et seul voyage en famille: quatre jours magnifiques et mémorables à Paris. Octobre se révéle plus triste par la mort de ma première idole, le pilote automobile Jo Siffert…

1981.
Deux ans après avoir parcouru sa côte est, c’est la découverte de l’ouest des Etats-Unis. Un voyage de quatre semaines qui demeure aujourd’hui encore comme le plus long et parmi les plus extraordinaires de toute ma vie. Los Angeles, San Diego, San Francisco, Las Vegas et les Parcs nationaux, Grand Canyon en tête. Au retour, trois jours magnifiques passés à Nashville et la révélation de la Country Music. Et puis, à l'automne, la naissance d'une passion pour celle qui demeure le plus grand amour de ma vie...

1991.
Mon seul mariage (il n'y en aura jamais d'autre). Première année complète dans le rôle de père. Je trouve ça génial! Ma fille aînée est là, la cadette est conçue en juin. Vrai papa poule, m’occuper de ma progéniture me passionne. J'accède au bonheur, ou du moins à l’idée que je m’en suis toujours fait. Et puis, 1991 est aussi l’année à laquelle je goûte un Côte-Rôtie "La Mouline" 1976, d'Etienne Guigal. Une bouteille exceptionnelle qui va déclencher en moi une passion pour les grands vins qui ne s'est jamais éteinte…

2001.
Le cauchemar de juillet, le scénario redouté depuis des mois, le traumatisme de ma vie: me retrouver séparé de mes filles. Rien ne pourra jamais m'arriver de pire, ni la maladie, ni même la mort… Pourtant, en septembre, l'espoir renaît. Concrétisé par cette femme du sud à laquelle je m'accroche comme à une bouée de sauvetage. Pour ne pas sombrer. Pour vivre. Mais elle n'est pas libre. Mon impatience et mon tempérament débile de bélier font tout capoter. Et depuis? Le désert…

A quatre mois de 2011, je me demande ce que peut bien me réserver celle-là...

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Vendredi 27 août

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Canard colvert - Port de Versoix
Jeudi 26 août

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Vivre à tout prix…

Il est des livres qui vous laissent un goût étrange. Celui que je viens de terminer est de ceux-là… Dès son adolescence, Mietek est plongé dans l'horreur. Reclus, comme tout son peuple, dans le Ghetto de Varsovie, il ne se résigne pas. Alors que tant d'autres subissent, lui, au risque de se faire tuer cent fois, construit un petit réseau destiné à alimenter en vivres cett îlot de la honte, ce mouroir créé par les nazis. En 1942, il est déporté à Treblinka. Alors que sa mère et ses deux frères sont immédiatement exterminés, lui survit, engagé dans les Sonderkommandos. L'horreur du camp et son besoin de témoigner le poussent à s'en évader. Il revient à Varsovie et retrouve son père, qui survit tant bien que mal. A son tour, ce dernier est tué par les nazis lors de l'insurrection du Ghetto, en avril 1943. Mietek s'en sort une nouvelle fois et part pour Lublin, où il s'engage dans l'Armée Rouge. C'est ainsi qu'il arrive, deux ans plus tard, dans Berlin libéré. La guerre est finie, toute la famille de Mietek a été exterminée. Ne lui reste plus, pour seul lien du sang, que sa grand-mère, émigrée aux Etats-Unis. Il part donc la rejoindre à New York, en 1947. Là, son expérience du commerce l'aide à devenir un des plus grands antiquaires du pays. Là aussi, il rencontre Dina, qui deviendra sa femme. Ils se marient et partent vivre en France, au-dessus de Mandelieu, dans le massif boisé du Tanneron. Quatre enfants naissent de cette union. Mais le 3 octobre 1970, c'est un nouveau drame dans la vie de Mietek. Un incendie de forêt anéanti toute sa famille. Lui, une nouvelle fois, s'en sort vivant…

Plus de 30 millions de personnes ont lu "Au nom de tous les miens"! Le livre raconte l'histoire incroyable de Mietek Grayewski, alias Martin Gray, né à Varsovie en 1922. Ce que cet homme a vécu tout au long de sa vie est unique. Tout le monde meurt autour de lui. Plus de cent personnes de sa famille, tous ses proches, tous ses amis. Seul au monde, il survit. Grâce à une volonté farouche. Lorsqu'il rencontre celle qui va devenir sa femme et lui donner quatre enfants (deux filles et deux garçons), le bonheur, tant recherché et mérité, s'offre enfin à lui. Une récompense que justifie toutes ces années de lutte. Mais cet incroyable acharnement du destin, une fois encore le crucifie. Femmes et enfants périssent, carbonisés, dans l'incendie de leur propriété. Alors, Martin Gray prétend vouloir mourir. Mais il survit, n'ayant pas le courage de mettre fin à ses jours. A 48 ans, que peut-il encore espérer? Après le découragement, la force de vivre revient. Et il continue de traîner sa silhouette, à peine voûtée, sur les chemins de l'existence. Homme admirable? Modèle unique de volonté? Pour beaucoup, sans doute, oui. Pour moi, je ne saurais l'affirmer. Traverser tant d'horreurs tout au long d'une vie et demeurer debout aujourd'hui encore, à 88 ans, a quelque chose d'incompréhensible. Au point de me dire que s'il m'était arrivé la même chose, la plus belle preuve d'amour eût été de dire: ça suffit! Il est temps pour moi d'aller rejoindre tous les miens, temps de leur prouver que leur absence est devenue insupportable, temps de mettre fin à cette vie qui ne mérite plus de continuer…

A peine écrites, je me rends compte que ces quatre dernières lignes relèvent plus de la foi que de la raison. Et la foi, Martin Gray, dans un parcours aussi cruel, a eu toutes les raisons du monde de la perdre. Alors, s'il vit toujours, ceci explique peut-être cela…

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Mercredi 25 août

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Ciné: Remontée émouvante du temps…

Quarante-quatre ans après, la magie opère toujours. En le découvrant sur grand écran au moment de sa sortie (décembre 1966), dans une salle pleine, les éclats de rire étaient nombreux, je m'en souviens fort bien. Depuis, j’ai bien dû le revoir une vingtaine de fois, peut-être même plus, à la télé ou sur DVD. Et, le connaissant ainsi par cœur, le rire jaillit toujours, sans que cela ne soit le moins du monde forcé. A Genève, durant l’été, certains ont eu la bonne idée d’offrir des projections nocturnes en plein air, sur le gazon d’un parc de la ville. "Cinétransat" est ainsi né il y a deux ans. Succès dès la première session, confirmation par la suite. Une idée telle que celle-là ne pouvait que séduire le plus grand nombre: entrée gratuite, location de transats pour la projection, ou alors chacun peut venir avec sa couverture, sa chaise pliante; j’ai même vu un couple arriver avec une vieille banquette de voiture. Vingt-quatre films programmés en l’espace de cinq semaines. Et, hier soir, c’était la dernière séance. Celle que je ne pouvais décidément pas manquer…

"La Grande Vadrouille" à nouveau sur grand écran, devant un public très nombreux, de tous âges mais en majorité jeune. En m'installant sur la pelouse, je me demandais comment allaient réagir les moins ridés. Je n’ai pas été déçu. La bonne humeur a régné pendant près de deux heures, tout comme au temps si lointain de la sortie du film. Beaucoup d’applaudissements à l’apparition de Bourvil, de de Funès, aux moments les plus drôles (dans les bains turcs, dans l’Hôtel du Globe, etc…). Non loin de moi, un jeune garçon d’une dizaine d’années éclatait littéralement de rire à chacun des gags. Une spontanéité très communicative qui, personnellement, m’a beaucoup ému. Ce petit gars, c’étai moi, dans le Cinéma Palace de Neuchâtel, alors que j’assistais pour la première fois à la projection de ce chef-d'oeuvre qui ne m'a jamais quitté. Grande soirée d’émotion donc! Le film, contrairement à moi, n’a pas vieilli. Il est toujours aussi drôle. Et si j’en suis sorti heureux, je l’étais encore plus par l’attitude d’un public qui, comme moi, semble toujours convaincu qu'André Bourvil, Louis de Funès et Gérard Oury constituent bien le plus grand team comique français de toute l’histoire du cinéma...

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Lundi 23 août

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Triste comme un amour qui se termine…

Assis à une grande table ronde du restaurant, face à face, ces deux-là, visiblement, n'avaient plus grand-chose à se dire. Leur repas terminé, ils en étaient au café. Lui parlait très peu, elle presque pas. La peine semblait pour elle bien plus grande que pour lui. Nerveusement, elle tordait sa serviette, ses magnifiques yeux bleus plongés dans le vague, le regard enrobé d'une tristesse infinie. Lui, une main tenant sa tête, de l'autre, sans fin remuait son café. Sans doute se sont-ils aimés, jadis. Sans doute ont-ils connu les délicieuses prémices de l'amour, ignorant alors délibérément le risque que leur passion se résume un jour à ce qu'elle semblait être devenue à cet instant précis. Soudain, une larme s'est mise à rouler sur la joue de la belle jeune femme. Elle l'a essuyée furtivement et s'est levée pour aller, à la fontaine, remplir son verre d'eau. Puis elle revenue s'asseoir, lentement, comme résignée. Il a cessé de parler, elle n'a plus dit mot. Ils se sont tus. Rattrapés par l'indifférence, enveloppés d'un lourd voile de silence. Et ils sont demeurés là, têtes baissées, amorphes, comme découragés devant l'immensité du désert sentimental qu'ils allaient devoir traverser...
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Ce n'est pas moi qui chante,
C'est les fleurs que j'ai vues.
Ce n'est pas moi qui rit,
C'est le vin que j'ai bu.
Ce n'est pas moi qui pleure,
C'est mon amour perdu.

(Jacques Prévert)
Dimanche 22 août

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Saint-Michel-l'Observatoire - Alpes de Haute-Provence
Samedi 21 août

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3 guignols en moins et en attendant (impatiemment) la sortie du 4ème…

En l'espace d'un an, trois des quatre clowns du gouvernement suisse auront tiré leur révérence. Après (l'année dernière) le retrait du grand arrogant mégalo-narcissique Couchepin et sa science infuse puisée dans un caniveau de Martigny, ce sera au tour du dandy de pissotières Leuenberger. La retraite de celui qui aura passé quinze ans à glander dans son bureau du Palais fédéral, à roupiller sur les dossiers importants et à creuser la fosse dans laquelle il voulait enterrer l'aviation. Et, joie intense, au même moment sera venu le temps de saluer la sortie de leur chef à tous, le prince du n'importe quoi, le roi de l'incompétence, l'empereur du règne par la connerie, celui qui, au cours de son mandat, n'aura acquis qu'une seule certitude: celle de la couleur des poils du cul de Kadhafi, j'ai nommé son altesse Hansruedi Merz Ier (je vous rassure y'en aura pas II)...

Tous dehors les guignols! Tous sauf un. Ou plutôt une. Cruella-la-Sinistre. Celle qui règne sur les affaires étranges. Chez elle, je sais pas si il y a l'électricité à tous les étages, mais ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas la couleur. Tout droit sortie d'un film en noir et blanc, d'une comédie de Charlot où, livide comme un linge, elle tenait le rôle de la mère rigide et intolérante d'une jeune fille courtisée par le grand Chaplin. Ou alors, ayant tourné avec Buster Keaton et jouant le rôle de sa mère. Vous avez déjà vu la mère de Buster Keaton vous? Ne cherchez pas, c'était le portrait tout craché de Cruella. Tiens, puisqu'on parle cinoche… Il y a quelques temps, aux "Journées cinématographiques de Soleure", elle participait à un débat dans une salle obscure. En face de son auditoire, plantée devant l'écran, vêtue d'un pantalon noir, d'une veste et d'un foulard blancs (ce dernier, cadeau d'Ahmadinejad), soudain plus personne ne l'a vue. Ah, je peux vous dire qu'il y a eu un sacré moment de panique (ou de joie pour certains)…

Avant l'avènement du numérique, chaque photographe lui tirant le portrait l'a un jour remerciée des économies qu'elle lui a fait faire pour n'utiliser que de la pellicule en noir blanc. Elle est supporter de la Juventus, possède trois dalmatiens, une colombe aveugle (elle lui a fait arracher ses yeux bleus) et ne se nourrit que de caviar et de crème chantilly. Ses deux chansons préférées sont "Noir c'est noir" (Johnny Hallyday) et "White is white" (Michel Delpech). Dans une autre vie, elle partageait son temps entre deux occupations: charbonnière et ramasseuse de coton. Dans son Valais natal, elle possède un mazot fait de planches cramées et, comme elle déteste la couleur, elle l'a fait construire à 3'600 mètres d'altitude, de façon à ce qu'il y ait toujours de la neige autour. Et j'ai même appris, de source sûre, que le drapeau fribourgeois avait été taillé dans le tablier d'une de ses ancêtres…

Ah, le jour où elle s'en ira celle-là, on va pouvoir admirer le plus beau des arcs-en-ciel au-dessus du Palais fédéral…

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Vendredi 20 août

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Cane mandarin - Port de Versoix
Jeudi 19 août

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Ciné: L'Italien...

Mourad (Kad Merad) décide un jour de se faire passer pour Italien, histoire de lui éviter certaines frustrations dues à son origine algérienne. C’est ainsi que, depuis cinq ans, il se fait appeler Dino et qu’il vend des Maserati dans une agence niçoise de la marque. Dans sa famille, qui habite Marseille, hormis sa sœur, personne n’est au courant de ce que tout le monde considérerait comme une trahison. Mais un jour son père, suite à un infarctus survenu juste avant le début du ramadan, est empêché de pratiquer le jeûne traditionnel des musulmans. Il demande alors à Mourad de le faire à sa place. Et c’est là que tout se complique…

Malgré les extraits peu encourageants que j'ai vus de cette soi-disant comédie, j'y suis quand même allé. J'aurais mieux fait de m'abstenir! Film lourd et gras, comme un plat de pâtes de cantine. Scénario prévisible au possible, clichés éculés, invraisemblances, dialogues sans consistance et bâclés. Un exemple révélateur: tout au long de l’intrigue, Dino/Mourad appelle sa meuf "mi amore". Pour un type qui tremble de se faire griller (dans une région en plus si proche de l'Italie), c’est le genre de lapsus qu'il vaut mieux éviter. Parce que "mon amour", en italien, ça se dit "amore mio"…

Kad Merad est tombé bien bas. Pourtant, le pactole qu’il a sans doute touché suite à ses "Chtis", aurait du lui éviter de verser dans l'alimentaire. Très drôle dans ce dernier film, il n’a plus rien fait de bien depuis. Où est passé l'acteur remarquable de "Je vais bien, ne t'en fais pas" ou des "Choristes"? Evaporé, dissous, avec un avenir désormais tout tracé dans la bonne grosse comédie à la française, style "Mon curé chez les nudistes". Dans ce film raté, on finit par se dire que, heureusement, Dino/Mourad fait le commerce des Maserati. Parce que s'il avait vendu des Fiat, cela aurait été carrément insupportable...

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Mardi 17 août

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Putain de journée!...

Journée de merde, par un temps de merde pour le quatrième jour d'un congé de merde! Pays de merde dans lequel, quand il commence de pleuvoir, on en a pour des jours et des nuits. Saloperies de montagnes qui retiennent les nuages et empêchent ces putains de fronts de passer. Une matinée de merde à se faire chier à colmater une fuite dans les chiottes due à cette saloperie de calcaire qu'on trouve dans l'eau sous ces latitudes à la con. Enculé de plombier, toujours plein de belles promesses que ce fils de pute ne tient jamais. Sortir, pour aller bouffer, et s'apercevoir qu'un enfoiré de mes deux a collé sa poubelle à quinze centimètres de ma voiture, m'obligeant à passer par la portière passager pour y pénétrer. A 13 heures, un resto qui se fout de la gueule du monde en promettant deux heures de service et qui, au bout d'une seule, n'a plus le quart de sa carte à offrir. Putain d'après-midi d'automne, sous une flotte qui tombe comme grosse vache qui pisse, passée dans un cinoche crade à mater un film qui finira premier, et avec douze longueurs d'avance, au box office annuel de la connerie. Rentrer chez soi, vers 18 heures, et se coltiner les bouchons de cette région de merde, de cette urbanité imbécile qui a attiré tous ces crétins qui s'ennuyaient dans leur cambrousse et qui ont rappliqué ici uniquement pour me faire chier. Pour finir, repas du soir et ces deux saloperies d'œufs durs qui ne veulent pas se peler et qui finissent par faire deux grosses taches sur les murs de cette cuisine à la con, dans cet immeuble de merde que la conne du dessous administre à sa façon de grosse pouffe de sa mère qu'elle est en réalité...

Il est vingt heures. Je m'arrête là. La journée n'est pas finie et je crains le pire parce que JE VAIS ALLUMER LA BOÎTE A INEPTIES…

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Lundi 16 août

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Canard colvert - Port de Versoix
Dimanche 15 août

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Cygne tuberculé - Port de Versoix
Samedi 14 août

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Splendeur et décadence…

Lorsque j'ai atterri ici, il y a de cela trente-cinq ans, le transport aérien était encore un luxe réservé aux gens fortunés. Dans les vastes fauteuils rembourrés de la 1ère classe des DC-8 de la compagnie nationale, les hommes fumaient le cigare et étaient abreuvés de Dom Pérignon. Les hôtesses étaient des femmes raffinées. Elles avaient la classe, étaient formées et amenées à un niveau de service égal à celui des meilleures écoles hôtelières. Les navigants étaient en majorité des pilotes militaires suisses et le fait de l'être leur ouvrait presque automatiquement les portes de la compagnie à croix blanche. Le blason de Swissair brillait de mille feux! Dans les aéroports, le nom de la compagnie était vénéré. Il était le symbole envié et inégalé de la qualité suisse. Entrer chez Swissair, pour n'importe quel employé, était synonyme de consécration. Sillonnant des cieux peu encombrés, les vols étaient à l'heure, l'exactitude étant un des credo de la compagnie. De notre escale, des liners s'envolaient vers presque tous les continents. Sur la galerie publique extérieure, longeant une bonne partie du terminal, des milliers de gens venaient les voir s'envoler, rêvant qu'un jour, peut-être, eux-mêmes seraient confortablement installés à leur bord…

Aujourd'hui, un tiers de siècle plus tard, ils y sont! Mais plus dans les mêmes appareils et mêmes conditions. Le luxe a disparu. Les bétaillères ont remplacé les pullmans de l'air. Les fauchés veulent faire comme les riches de jadis: prendre l'avion. Et les compagnies low cost ont été créées pour eux. Cinquante balles pour aller à Rome, trente pour revenir de Nice. A ce prix-là, et même s'ils ignorent ce qui les attend, ils auraient tort de se gêner. Alors ils réservent leurs vols. Ils arrivent à l'aéroport deux heures à l'avance pour s'entendre dire que leur poubelle volante en a trois de retard. Alors ils patientent et se résignent. Parce qu'au prix où l'airline les trimbale, y vont pas en plus se faire offrir un bon sandwich/coca… Et au moment d'embarquer, dans un coucou qui aura finalement cinq heures de retard, ils vont devoir se coltiner une hôtesse défaite et pas vraiment à prendre avec des pincettes, qui en est à son troisième vol de la journée et qui a dû subir la vindicte populaire des mécontents des deux vols précédents, au cours desquels le zinc a accumulé son retard…

Le low cost est programmé pour tuer le transport aérien régional. Pour survivre, les compagnies "normales" sont contraintes de s'aligner. La croissance, malgré quelques coups de freins, est en hausse perpétuelle, alors que les billets d'avion suivent une courbe inverse. Le manque de recettes oblige les compagnies à faire des économies. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir, le plus souvent sur le dos de son propre personnel. Pour l'instant, pas question de toucher à la sécurité. Mais lorsque le chaos sera vraiment total pour certaines d'entre elles, en ira-t-il toujours ainsi?… Les vols sont sans cesse plus nombreux et le contrôle aérien, divisé en autant de parcelles qu'il y a d'Etats (en Europe du moins), n'arrive plus à suivre. Les slots sont devenus systématiques et occasionnent des retards de plus en plus importants. Et lorsque la communauté européenne tente d'uniformiser son ciel, les contrôleurs aériens les plus nantis se mettent en grève, ajoutant encore à la gabegie...

Bienvenue dans le monde moderne! Au sol, les contrôles de sûreté débouchent directement sur les boutiques. Après avoir été quasiment foutu à poil par un détecteur de métal qui a refusé d'ignorer le piercing que vous vous êtes fait greffer, par un soir de grande cuite, au bout du gland ou des nichons, et à peine aurez-vous eu le temps de vous rhabiller que vous voilà plongé dans une échoppe ventant l'inégalable précision des coucous locaux, l'incomparable soyeux du tissu d'une cravate macaroni ou la grande finesse d'un caviar d'ayatollah. Un savant parcours a été aménagé, de façon à ce que le mouton défile devant toutes les boutiques avant de rejoindre sa salle d'embarquement. Au diable les raccourcis, rien à foutre des petits vieux qui ont de la peine à se déplacer, ils DOIVENT suivre le cheminement commercial. Avant de la confier à un transbahuteur bas de gamme dont l'horaire publié de ses vols ferait éclater de rire tout un convoi funéraire, l'hôte aéroportuaire tient à plumer la volaille et à prélever sa part du gâteau. Car, et c'est assez hallucinant, il gagne plus avec les loyers des commerces qu'avec les taxes passagers…

L'âge d'or du transport aérien est bien révolu. Place au business et à la rentabilité. Les philanthropes de l'aviation désormais reposent, tous bien alignés, sur leur boulevard personnel des allongés. Ils ont été remplacés par des experts comptables qui ne se plaignent même plus des maux de crâne que leur occasionne la calculette qu'on leur a greffée dans le cerveau. Les pilotes sont sans cesse aux taquets, les hôtesses au bord de la dépression pour les unes, de la révolte pour les autres et les avions, trop peu nombreux, sont mis à pleine et rude contribution. Tout cela pour démocratiser le transport aérien, pour que chacun puisse changer d'air et aller (le plus rapidement possible) respirer celui de son voisin. Par leur plébiscite du bas prix, les touristes de l'air se sont mis eux-mêmes dans une situation que leurs transporteurs ne maîtrisent plus. Et, après cela, il y en a encore qui, s'étant offert un aller-retour sur Budapest ou Madrid pour moins de cent balles, trouvent que l'airline les traite comme du bétail… Dans cette gabegie qui menace, ce n'est même plus le crash aérien qu'il faut redouter, mais le clash majeur dans la cabine d'un avion très en retard. Lorsqu'un meneur aura réussi à entraîner derrière lui une majorité de passagers mécontents, le pire sera à craindre pour un équipage pas vraiment formé pour faire face à ce genre de situation…

La folie de ce monde actuel n'épargne pas les transports. Alors qu'il serait si simple de construire des lignes de chemin de fer à grande vitesse reliant les villes distantes, entre elles, de moins de 1'000 kilomètres, on s'obstine à vouloir passer par les airs. Un TGV mettrait quatre ou cinq heures pour relier Genève à Berlin, dans des conditions de confort très respectables. Au lieu de cela, après les avoir fait patienter durant trois heures (du retard, toujours plus de retard) dans une salle d'attente bondée, on entasse les touristes dans des cigares volants qui polluent et font du bruit, on les trimballe, collés les uns aux autres comme des sardines, pendant une heure d'un vol au cours duquel ils vont tirer la gueule en songeant à tout ce temps perdu par la faute de cette airline pourrie. Arrivés à destination, il leur faudra encore patienter pendant une nouvelle heure pour récupérer leurs bagages, parce que, voyez-vous ma bonne dame, votre poubelle étant en retard, le distributeur de valoches qui vous était destiné a été attribué à un autre vol…

Monde de fous! Monde débile au sein duquel va bientôt fleurir ce genre de slogan:

Si vous voulez vous faire trimbaler dans les airs avec des heures de retard, ou vous faire oublier dans un terminal qui brille par l'absence de tout personnel dès que la gabegie se met en place, tapez: eboueurs-du-ciel.com. "Eboueurs-du-ciel, la compagnie d'aviation qui vous traite comme de la merde et qui vous laisse dedans dès qu'un problème surgit"…

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Vendredi 13 août

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Canard colvert - Port de Versoix
Jeudi 12 août

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Exocets, synonymes d'un rêve exaucé...

Dans mes rêves, un bateau part. Un navire largue les amarres. Il appareille vers des pays lointains. Vers des terres dont je me languis depuis des lustres. Depuis près de trente ans. Cargo quittant Le Havre, vraquier ou porte-conteneurs, ses cales sont remplies et mes yeux pleins de larmes. Je quitte ce continent qui m'a vu naître il y a trop longtemps. De ma vie dans ces contrées j'ai fait le tour. Et aucune de celles que j'ai rencontrées n'est là pour me retenir. Je dois partir. Je dois m'en aller. Et si mes yeux pleurent, c'est de ne pouvoir encore me défaire de cette nostalgie. On ne barre pas d'un trait, d'un seul, les petits bonheurs qui ont jalonné toute une vie. Et si les larmes coulent, c'est que ces instants prennent soudain trop de place derrière le regard. Au loin, la vue est sans limites, mais cet encombrement des yeux fait rempart à la portée visuelle. Mais cela ne durera pas. Car je veux voir! Voir la mer, l'océan. Voir le soleil, tous les soirs, plonger dans les flots noirs. Je veux sentir la houle, le tangage et le roulis. Je veux observer ces vagues cernées d'écume blanche se renouveler sans cesse. Je veux sentir, sur ma peau parcourue des sillons de l'âge, les embruns marins. Je veux qu'ils viennent frapper ma face, couler le long de mes rides et mouiller les cheveux qu'il me reste. Je veux passer du temps sur cet élément liquide que j'ai recherché durant toute ma vie. Je veux voir la mer s'ouvrir devant mon navire et mon navire se plaire sur les flots bleus du jour. Jusque là-bas. Jusqu'aux antipodes. Jusqu'à ce que mon voyage arrive à son terme. Jusqu'à ce que je prenne pied sur cette terre qui n'a jamais cessé de me faire rêver…

Dans mes rêves, un bateau part. Et à chaque nuit parcourue de ce songe, j'embarque à son bord. Parce que l'attrait de cette île est sur moi plus fort que celui des sirènes sur Ulysse. Parce que mon amour de la mer est sans doute ce qu'il me reste d'une autre vie passée à la parcourir et à la chérir. Comment suis-je venu, dans celle-ci, échouer aux pieds de ces hautes montagnes? De ces pics enneigés (qui me laissent froid) cernés de nuages et de brouillard?… Jamais, de ma vie tout entière, je n'ai rêvé les escalader un jour, jamais! Tandis que la mer elle, depuis ce semedi d'août 1967 où je l'ai découverte sur une plage de Toscane, ne m'a jamais lâché. Elle m'attire. Elle m'appelle. Elle est du genre féminin. Elle sait me faire les yeux doux et c'est sans doute pour cela qu'elle possède, aux miens, tant de charme. Elle m'aura. Je vais lui céder. Me donner à elle comme je me suis donné aux femmes que j'ai aimées. Totalement. Sans retenue. Sans calcul. Sans arrière-pensée. Et quoi qu'elle fasse de moi, je suis bien certain qu'elle, jamais ne me laissera le moindre regret… Je veux parcourir la mer pour rejoindre Hiva Oa, perle des Marquises. Et je veux voir, m'approchant de ses côtes, jaillir les exocets des flots d'un bleu unique, myriades de poissons volants aux flancs argentés, planant quelques instants, comme pour me souhaiter la bienvenue…

Tel est mon rêve, dans lequel un bateau part. Rêve prémonitoire ou sans lendemain? Je vous dirai cela demain. Dans deux ans. Lorsque sera venu le temps d'embarquer. Au moment tant attendu de larguer les amarres, de tirer enfin un trait sur mon passé…

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Mercredi 11 août

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Canard colvert - Port de Versoix
Mardi 10 août

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Vautour moine - Gorges du Verdon
Dimanche 8 août

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Revest-en-Bion - Alpes de Haute-Provence
Samedi 7 août

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Vautour fauve - Gorges du Verdon
Vendredi 6 août

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Sault - Vaucluse
Jeudi 5 août

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Les aventures d'Ourby et Torby.

Par un bel après-midi de l'été 1930, Ourby et Torby, deux copains séminaristes, se baladent aux guidons de leur tandem rose. Ourby est devant:

- Putain, j'ai le fion qui me démange par cette chaleur, tu peux pas savoir. Et puis le tissus de cette soutane, ça n'arrange rien…
Torby ricane:
- Enlève ta selle, tu te sentiras mieux…
- Pauvre conne!
- Moi, ce serait plutôt le gland. Comme s'il était en train de germer…
- Ah mais, regarde devant! Voilà peut-être de quoi nous soulager…

Sur le chemin, le petit André Pousse, 11 ans et futur champion cycliste, est en séance d'entraînement, lui aussi à bicyclette…

Les deux ensoutanés s'arrêtent et Ourby fait signe au gamin de stopper.

- Bonjour mon garçon. Tu n'as pas trop chaud sous ce soleil?
- Salut broute-quéquette! T'es de sortie avec ta copine? C'est elle qu'a r'passé ta robe? Ben, elle est pas douée…
- Devine plutôt ce que j'ai dessous…
- C'te question! Un cierge, pardi! Planté dans l'entonnoir, entre les burettes, et qui t'ramone la ch'minée à chaque coup d'pédale. Et tu voudrais en plus que j'y foute le feu? Et pourquoi pas une turlutte, tant qu't'y es?…
- Ah, mais c'est qu'il a de la répartie, le morveux! Mon copain de derrière a le poireau tout dur et il cherche un peu de mayonnaise…
- Eh ben quand l'cierge aura fondu, il a qu'à te l'mettre dans l'fion! Par c'te chaleur, y va rentrer tout seul… Allez, j'ai pas qu'ça à glander, moi. Au r'voir m'sieur-dame!

Dédé remonte alors sur sa bécane et s'en va à toute allure…

- Non mais, t'as vu ça Torby?…
- Eh oui...
- Ah, elle est belle la jeunesse!
- Je crois que celui-ci était trop vieux. Faut qu'on en trouve un plus tendre…

Ourby et Torby, dodelinant du croupion, alors en chœur se remettent en selle et, n'ayant pu faire cric-crac, poursuivent leur traque en ayant la trique...

(Remarque: Toute ressemblance avec des faits avérés ne serait etc, etc...)

AA
AAAAAAAA
Lundi 2 août

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Canard colvert - Port de Versoix
Dimanche 1er août

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