MAI 2010

DERNIERE MISE A JOUR : 28 MAI 2010


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Sur la route de " Pitchipoï "... (J-7)

Samedi prochain, je vais entamer mon second voyage en Pologne. Profondément marqué par ma visite d'Auschwitz, en septembre dernier, j'avais alors émis le voeu de revenir dans ce pays mutilé par les atrocités nazies du milieu du siècle dernier. Les camps d'extermination du territoire polonais sont au nombre de six. Et dans l'horreur de leur exploitation, par des barbares agissant en marge et à la dérive du genre humain, ils ont vu disparaître plus de trois millions de personnes. Des hommes, des femmes, des adolescents, des enfants, morts pour avoir inspiré la haine d'une race autoproclamée supérieure...

C'est donc vers Belzec, Majdanek, Sobibor, Treblinka et Chelmno (dans l'ordre) que je vais me diriger dès le 8 mai. Ces noms, pour la plupart inconnus des déportés d'alors, résonnent dans ma boîte crânienne comme "Pitchipoï" devait le faire dans leur propre esprit. "Pitchipoï", pour les Juifs en transit dans les camps français, c'était le nom donné à la destination inconnue vers laquelle les trains allaient tous les emmener. Des camps de travail, croyaient-ils. Dans lesquels ils allaient retrouver ceux qui étaient partis avant eux et qui n'avaient jamais donné de leurs nouvelles...

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Samedi 1er mai

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Sur la route de " Pitchipoï "... (J-5)

Du 27 mars 1942 au 17 août 1944, pour la seule France, soixante-quinze trains ont ainsi gagné Auschwitz, mais aussi Majdanek, Sobibor, Kaunas (Lithuanie) et, pour le dernier, Buchenwald, au départ principalement de Drancy. 73'800 déportés (1,2 % des Juifs exterminés par les nazis) ont pris le chemin de "Pitchipoï" (seuls 2'190 en sont revenus). Combien d'entre-eux se sont-ils doutés qu'ils effectuaient là leur dernier voyage? 1'500 kilomètres (parcourus entre 2-4 jours) dans des conditions dantesques, entassés dans des wagons à bestiaux, valent bien la peine que j'en fasse le triple pour aller fouler la terre de ces lieux d'infamie. Terre sur laquelle ils ont presque tous, innocents parmi les innocents, si cruellement et injustement perdu la vie, sans vraiment comprendre ce qui leur arrivait...

Et si j'y vais, si j'y retourne, ce n'est pas pour tenter moi-même de comprendre (cela m'est définitivement impossible). Mais simplement pour témoigner de ma solidarité envers des gens comme vous et moi, tous victimes de l'une des plus grandes atrocités jamais commises par l'homme sur ses semblables...

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Lundi 3 mai

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Sur la route de " Pitchipoï "... (J-3)

Pour ce voyage et pour la première fois, j'emporterai avec moi de quoi alimenter ce sujet au jour le jour; enfin, à condition de bénéficier de bonnes connexions Internet afin d'uploader pages et photos... Et puis, même si je me suis équipé de cartes routières récentes et détaillées, j'emporterai un GPS (récemment acquis), de façon à voyager tranquille au travers d'un pays dans lequel, (souvenirs de l'an passé) s'égarer peut faire perdre beaucoup de temps...

Enfin, et contrairement à l'an dernier, ce voyage-ci sera aussi orienté tourisme, avec la visite de très belles villes telles que Zamosc, Lublin ou Varsovie. Parce qu'il faudra bien décompresser après avoir vu les vestiges des camps d'extermination et les musées consacrés au génocide perpétré par les nazis. La première étape de mon voyage de retour me portera jusqu'à Weimar, pays de Goethe et ville à proximité de laquelle se situe le camp de concentration de Buchenwald, que je prendrai le temps de visiter aussi...

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Mercredi 5 mai

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Sur la route de " Pitchipoï "... (J-1)

Demain, c'est le grand départ. Pour rejoindre la Pologne et la région des camps de Belzec et Majdanek, 1'800 kilomètres doivent être parcourus. Trajet scindé en deux parties. Samedi soir je ferai donc, comme en septembre dernier, escale à Chemnitz, milieu du parcours. Je viens de terminer le livre bouleversant de Simone Lagrange "Coupable d'être née" et, pour ce voyage, mon livre de chevet sera le recueil des confidences et la "motivation" du principal commandant des camps d'Auschwitz, l'Obersturmbannführer (Lieutenant-colonel) Rudolf Höss. Livre rédigé pendant sa détention et au cours de son procès, à la suite desquels il sera pendu, le 16 avril 1947, à l'endroit même où il avait persécuté ces centaines de milliers d'innocents...

A demain soir donc, en direct de l'ancienne Karl-Marx-Stadt, à condition que les connexions WIFI soient bien disposées...

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Vendredi 7 mai

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Sur la route de " Pitchipoï "... (1er jour)

Départ à sept heures. Il fait frais mais beau. Jusqu’à Bâle, ça roule sans problème. Frontière passée, les ennuis commencent. Accident? Sans doute. On fait du surplace. Circulation bloquée pendant une heure et quart. On avance de 100 mètres et on stoppe 10 minutes. 3-4 fois de suite. Le bélier trépigne et râle! La balance (ascendant) remet les choses à leur juste place: ceux qui effectuaient le même voyage, entassés dans des wagons à bestiaux, il y près de 70 ans, mettaient jusqu’à quatre jour pour parvenir en enfer. Eux avaient des raisons de se lamenter. Pas moi! Ca repart... Mannheim passé, en direction de Nuremberg ça roule mieux. 13 heures 30: pause repas, dans le même restoroute que l’an dernier... Nürnberg, Bayreuth se succèdent et Hof dépassé, l’autoroute passe au revêtement béton. On est en ex-Allemagne de l’Est et sans savoir exactement pourquoi, on le sent. Circulation clairsemée, campagne très verte, peu d’habitations aux abords de la route, et puis toutes ces éoliennes... Zwickau annonce la fin d’étape et, après 925 km et 10 heures 30 minutes de route (pauses comprises) j’arrive à l’hôtel Artes de Chemnitz. Check-in et dépôt des bagages et je prends le temps d’aller faire un petit tour en ville. Après cela (merci le GPS), regagner ma base sera un jeu d’enfant...

Demain, 2ème étape: Chemnitz-Zamosc, 920 kilomètres (600 sur autoroute, le reste sur route...)

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Samedi 8 mai


Chemnitz.  L'accordéoniste jouait divinement bien...

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Sur la route de " Pitchipoï "... (2ème jour)

Ouf! Vanné, je suis... Faut être fou pour se coltiner autant de route d’un coup. Je me demande comment font ceux qui, chaque année, rejoignent leur Portugal natal en voiture. Les 300 derniers kilomètres ont été interminables. Sous des trombes d’eau, sur des nationales où, parfois, deux camions ne peuvent se croiser. Ce fut pénible mais, à l’arrivée, la récompense: un magnifique rayon de soleil, revenu juste pour saluer ma première prise de contact avec Zamosc. Avec ses airs de vieille dame italienne, la ville est magnifique! Je suis à 1840 kilomètres de chez moi et, rien que pour cette grand-place cernée de bâtisses évoquant la Renaissance, le voyage valait la peine d'être effectué...

Demain, visite du camp d’extermination de Belzec, situé 45 kilomètres au sud de Zamosc. Ca s’annonce beaucoup moins drôle...

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Dimanche 9 mai


Zamosc.


Zamosc. 


  Zamosc. 


Zamosc.


Zamosc.

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Sur la route de " Pitchipoï "... (3ème jour)

1. BELZEC

Au printemps 1942, est mise en oeuvre "l'Aktion Reinhard". Portant le prénom de l'adjoint de Himmler, Reinhard Heydrich, la solution finale du problème juif se poursuit ici. L'extermination en masse des Juifs avait en effet commencé l'année précédente, dans le camp de Chelmno, mais cette opération précise a été baptisée ainsi en l'honneur de l'officier supérieur des SS assassiné en mai 1942, à Prague, par des résistants Tchèques et sur commande des services secrets britanniques. Belzec se situe au sud de Zamosc, à une vingtaine de kilomètres de la frontière ukrainenne, non loin de l'épouvantable camp de prisonniers de Rawa-Ruska et de la ville de Lvov. En l'espace de dix mois, un demi-million de Juifs vont être amenés ici en train et exterminés dans des chambres à gaz sommaires fonctionnant aux CO2 (moteur de char russe). Ils provenaient en grande majorité du sud de la Pologne, mais aussi d'Ukraine, de Slovaquie, de Tchéquie, d'Allemagne et d'Autriche. De tous les camps d'extermination sur sol polonais, Belzec était le plus petit mais il il fut le troisième plus actif dans la déferlante d'anéantissement du peuple juif décidée par les nazis à Wannsee, le 20 janvier 1942, lors d'une conférence réunie et présidée par un certain Reinhard Heydrich...

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Lundi 10 mai


Belzec. La gare actuelle avec, à l'arrière plan, quelques bâtiments d'époque...



Belzec - Mémorial des Juifs assassinés. Un terrain de 260 mètres sur 270 (7 hectares) recouvert de pierres et débris calcinés. Sur son pourtour entier, figurent 200 noms de villes et villages (principalement polonais) desquels provenaient les Juifs assassinés...



Deux hommes seulement ont échappé au massacre. Deux seuls témoins concernés. Raison pour laquelle le site sera quasiment oublié jusqu'en 1963, lorsque le Comité des Juifs Américains, en collaboration avec le gouvernement polonais, décide d'ériger ce mémorial. En 2004, un Musée (hélas fermé le lundi) sera inauguré sur ce même lieu...



Un mur au-delà duquel le sang de 500'000 innocents à coulé, laissant des traces indélébiles...


Le bûcher symbolique, figurant les amas de pièces de voies ferrées sur lesquelles les corps des martyrs furent réduits en cendres...


Au plus profond du Mémorial, on trouve un mur long de vingt mètres, sur lequel figurent les noms connus des disparus...

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Sur la route de " Pitchipoï "... (3ème jour, suite)

Suite à la visite de Belzec, je me suis mis à la recherche d'un petit village situé dans la même région. Le trouver ne fut pas facile car il ne figurait sur aucune de mes cartes, ni sur mon GPS. Mais une volonté tenace m'a permis de le découvrir. Ce petit village, j'aurais passé des heures à le chercher! Mais ce fut beaucoup plus court et lorsque j'ai vu le panneau blanc planté à son entrée, mon coeur s'est subitement serré...

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Lundi 10 mai



Zawadka. Ce petit hameau, situé à 60 kilomètres à l'ouest de Belzec, est l'une des raisons qui m'ont poussé à revenir en Pologne, huit mois seulement après ma visite des camps d'Auschwitz-Birkenau. C'est ici que, en 1937, Ania Rempa a vu le jour et c'est ici qu'elle a passé les six seules années de sa vie....

Voici ce que je disais d'elle au retour de mon premier voyage vers les camps...


La petite Ania Rempa fut expulsée, avec sa famille, de son village natal de Zawadka et déportée, en juillet 43, au camp d'extermination de Majdanek, dans la banlieue de Lublin (Pologne). Dans un état avancé d'inanition et après intervention de la Croix-Rouge, elle fut renvoyée du camp et admise à l'hôpital de Lublin, établissement dans lequel elle mourut un mois plus tard...

Dans les seuls camps d'Auschwitz, 232'000 enfants ont été déportés. 450 seulement en sont ressortis vivants. Après cela, comment ne pas être tenté de rejeter le genre humain? Et comment accepter, surtout, qu'on en fasse partie?...

© Musée d'Etat de Majdanek. Photo tirée de "Centres de mise à mort allemands en Pologne".


Zawadka. Village paisible, immergé dans un doux nid de verdure. Y a-t-il encore quelqu'un ici qui se souviennne de la petite Ania? Les nazis ont déporté, de la région de Zamosc, plusieurs milliers d'enfants, après avoir assassiné leurs parents. Une partie de ces petits malheureux, correspondant physiquement aux critères raciaux que les Allemands recherchaient, ont été envoyés vers le Reich et dans des familles d'accueil, ceci pour être germanisés... Ania n'a pas eu cette chance (si on peu considérer que rester en vie en était une, après avoir vu ses parents exterminés de cette manière...)


Zawadka. Les cigognes sont très présentes dans cette région. Elles n'ont et n'auront jamais à craindre que leurs petits disparaissent par la cruauté et la barbarie de leurs semblables... Ania est pour moi le symbole de l'enfance assassinée. Et si (sans en être poussé à cette extrêmité) je peux comprendre parfois que des adultes se haïssent, s'en prendre à des enfants, c'est commettre le pire des crimes, la pire des lâchetés. Et ça, jamais je ne parviendrai à le comprendre...

Le regard, rempli d'interrogation, d'incompréhension, la maigreur horrible de cette petite fille (sur la photo ci-dessus) ne m'ont pas quittés depuis huit mois. A ceux qui s'interrogeaient sur ce retour si rapide en Pologne, je peux dire maintenant qu'Ania Rempa en est la principale raison. Je voulais voir son village natal. Je voulais voir l'endroit où son enfance (période la plus importante d'une vie) et ses parents lui ont été si cruellement arrachés. Et demain, je vais passer la journée à Majdanek. Là-bas, dans le camp où ces enfoirés de nazis l'ont laissée mourir à petit feu. Majdanek, dans la banlieue sud de Lublin. Lublin, ville dans l'hôpital de laquelle Ania est morte, il y a 67 ans. Elle n'avait que six ans, rien que six ans...


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Sur la route de " Pitchipoï "... (4ème jour)

2. MAJDANEK

Banlieue sud de Lublin. Un camp immense dont peu de choses subsistent. Clôtures de fil de fer barbelé, quelques baraquements en bois et le crématoire. 150'000 personnes ont transité par ici. 80'000 y ont perdu la vie (60'000 Juifs et 20'000 prisonniers de guerre). Chiffre "peu important" en regard des cinq autres camps d'extermination de Pologne? Certes. Mais il faut savoir que les conditions de détention, l'insalubrité, la malnutrition, les maladies, étaient sans doute les pires de toutes. Au point que, en août 1943, le camps détenait le record de personnes décédées, et ceci sur l'ensembles des camps de concentration et d'extermination nazis, qu'ils soient établis en Pologne ou ailleurs... En juillet 1944, les Russes ayant libéré le camp, un Musée d'Etat y a été implanté (le premier du genre) et il est toujours exploité à ce jour. Bien avant Auschwitz, Majdanek a donc été la première vision rapportée de l'Holocauste et des crimes contre l'Humanité commis par les nazis...

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Mardi 11 mai


Majdanek. L'imposant monument construit à l'entrée du camp...



Majdanek. Chambre à gaz. Les traces bleutées sont caractéristiques des cristaux de Zyklon B se transformant en gaz. Détail typiquement nazi: le judas installé sur la lourde porte de métal...



Majdanek. Zyklon B...



Majdanek. Le crématoire...



Majdanek. Les cinq fours crématoires. Dans tous les camps d'extermination de Pologne, cette unité est la seule à avoir été préservée, avec celle d'Auschwitz I. Toutes les autres ont été détruites lors de l'abandon des camps par les nazis...



Majdanek. Plus de 100'000 chaussures de prisonniers et déportés. Fait très troublant car stockées derrière de simples grillages, l'odeur caractéristique demeure, 65 ans après...



Majdanek. Une petite poupée, jadis confectionnée par un détenu...



Majdanek. Les clôtures électrifiées. Deux rangées verticales, séparées par une en travers. Des fois qu'un prisonnier réussisse à passer la première...



Majdanek. Le Mausolée, sous la coupole duquel les cendres des victimes ont été déposées...


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Lublin.


  Lublin.


  Lublin.

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Sur la route de " Pitchipoï "... (5ème jour)

3. SOBIBOR

Nous sommes à l'extrême est de la Pologne. Non loin de la ville de Brest (Biélorussie) et de la frontière avec l'Ukraine. Comme à Belzec, après leurs méfaits perpétrés, les nazis ont tout rasé, tout fait disparaître. Une belle forêt de pins, mais des moustiques par milliers, extrêmement hargneux, voilà le premier contact avec le site. La voie de chemin de fer subsiste mais elle est désafectée. Dans ce qui fut le camp même, un chemin a été aménagé, le long duquel des pierres ont été déposées. Elles portent les nom de certains des 250'000 déportés assassinés ici en 1942-43. Parmi eux, 2'000 Français, membres des deux seuls convois ayant quitté Drancy à destination de Sobibor, en mars 1943. De 2'000 malheureux, seuls cinq reviendront vivants. Mais les Pays-Bas avec, pour la seule année 1943, plus de 32'000 Juifs déportés vers Sobibor, ont payé un très lourd tribut à ce camp d'extermination...

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Mercredi 12 mai


Sobibor. La voie de chemin de fer, le panneau fatidique pour la fin d'un voyage ayant parfois duré plusieurs jours...



Sobibor. L'entrée du camp. L'endroit est magnifique! Choisi pour cela par les nazis, afin de mettre en confiance des hommes et des femmes croyant venir ici pour travailler...



Sobibor. Plaque apposée sur le mur d'entrée et figurant dans les sept langues des pays desquels provenaient les déportés...



Sobibor. La "Voie du Souvenir".



Sobibor. Les convois ferroviaires français no. 52 et 53 sont les deux seuls à être arrivés ici. C'était en mars 1943...



Sobibor. Une famille hollandaise entière, décimée en quatre mois...



Sobibor. Fin de la la Voie du Souvenir...



Sobibor. Femme prisonnière avec son enfant. Monument en hommage aux victimes du camp, oeuvre de Mieczyslaw Welter. L'effroi qu'on peut lire sur le visage de la maman est saisissant...



Sobibor. Le Mausolée, érigé au plus profond du camp, contient les cendres des vicitmes...


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Sur la route de " Pitchipoï "... (6ème jour)

4. TREBLINKA

Situé à 100 kilomètres au nord-est de Varsovie, plus rien ne subsiste de ce qui a constitué le deuxième camp d'extermination nazi. 800'000 hommes, femmes et enfants (l'équivalent d'une ville comme Zürich et sa banlieue) ont pénétré ici en train et en sont ressortis sous forme de cendre et de fumée. Des Juifs polonais en grande majorité et, parmi eux, près de 245'000 personnes provenant du Ghetto évacué de Varsovie. En l'espace de deux ans, sous les ordres de l'ignoble Franz Stangl (qui avait déjà sévi à Sobibor), la machine de mort nazie a fonctionné à plein régime. Aujourd'hui le souvenir demeure et le camp est préservé. Tout autour de la stèle principale, érigée à l'emplacement des fosses communes, sur 22'000 mètres carrés 17'000 blocs de granit de différentes tailles (cimetière symbolique impressionnant), ont été déposés. De l'entrée du camp jusque là, on a construit un chemin du souvenir qui remplit parfaitement son rôle: NE JAMAIS OUBLIER...

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Jeudi 13 mai


Treblinka. Entrée du camp...



Treblinka. Un chemin de fer symbolique (travées en béton) a été construit à l'emplacement du dernier tronçon de la ligne ferroviaire de l'époque...



Treblinka. La voie de chemin de fer continue jusqu'à l'intéreur du camp...



Treblinka. Onze blocs de granit, portant le nom des pays desquels étaient originaires les déportés, marquent le lieu de débarquement des trains...



Treblinka. De là, hommes, femmes et enfants gagnaient l'endroit où étaient installées les salles de déshabillage et les chambres à gaz. La stèle principale marque le lieu où se trouvaient ces dernières...



Treblinka. Oeuvre de Frantiszek Duszenko, le monument rappelle le Mur des Lamentations de Jérusalem...



Treblinka. Le cimetière symbolique, constitué de 17'000 blocs taillés de granit...



Treblinka. Le cimetière symbolique, aménagé tout autour du monument principal...



Treblinka. Cette cavité, constituée de morceaux de basalte fondu, marque l'endroit où étaient incinérés les corps...



Treblinka. Un appel qui, 65 ans après, ne semble pas vraiment avoir été entendu...


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Varsovie.


Varsovie.


Varsovie.


Varsovie.


  Varsovie.


  Varsovie.

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Sur la route de " Pitchipoï "... (7ème jour)

5. CHELMNO

Situé 40 kilomètres à l'est de Konin (entre Lodz et Poznan), le camp se divise en deux parties. Dans le village de Chelmno même, où ont été mises au jour les restes du manoir dans lequel les déportés étaient gazés (à l'oxyde de carbonne), et à quatre kiliomètres plus à l'ouest, dans la forêt de Rzuchow, là où la majeure partie des corps a été incinérée. Chelmno, (Kulmhof am Ner pour les nazis) fut le premier camp d'extermination à entrer en fonction, ceci dès décembre 1941. En ce sens, il a servi de prototype pour les cinq autres qui, tous, ont été "améliorés" ceci pour un "meilleur" rendement (les bourreaux étaient Allemands, donc ils se devaient d'être efficaces...) Durant ses dix-huit mois de fonctionnement (de décembre 41 à avril 43 + juin et juillet 44), ce sont environ 200'000 personnes qui ont été exterminées ici. Les dix premiers convois déportant les Juifs évacués du ghetto de Lódz, au début de l'été 44, sont tous arrivés à Chelmno. De cette horreur, il n'y eut que deux survivants connus... Et c'est grâce à eux que le camp a pu être situé car, comme à leur habitude, les nazis ont fait disparâitre tout le visible avant que de détaler vers d'autres méfaits...

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Vendredi 14 mai


Chelmno. Dans le village même, tout près de l'église, les vestiges du manoir dans lequel les déportés ont été gazés...



Chelmno. La grange à blé. C'est dans ce bâtiment que les derniers prisonniers ont été assassinés, après la destruction du manoir. A l'intérieur un minuscule musée du souvenir a été aménagé...



Chelmno. Effets personnels retrouvés lors des fouilles destinées à définir l'emplacement exact du site...



Chelmno. Sur la partie du camp située en bordure de la forêt de Rzuchow, seules quelques clôtures demeurent... Comme c'est le cas à Belzec, Sobibor et Treblinka, l'endroit est cerné par une très belle forêt de pins...



Chelmno. Pierre et plaque commémoratives. Curieusement (et c'est le seul endroit ou j'ai vu ça), la plaque n'est rédigée qu'en allemand...



Chelmno. L'imposant monument (36 mètres de large et 7 de haut) dédié aux victimes, inauguré en septembre 1964, une oeuvre de Josef Stasinski et Jerzy Buszkiewicz. L'inscription signifie: NOUS NOUS SOUVENONS...



Chelmno. Détails du monument dédié aux victimes...



Chelmno. Quelques tombes seulement, portant des plaques commémoratives pour l'ensemble des victimes juives de Kulmhof am Ner (Ner est le nom de la rivière serpentant au pied de la colline sur laquelle est construit le village)...


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Voilà. J'ai vu les cinq camps d'extermination nazis érigés en terre polonaise (six avec Auschwitz, soit la totalité). Ce qui m'a frappé, mis à part l'intensité de l'horreur révélée à mes yeux par des vestiges parfois des plus réduits, c'est le remarquable travail de mémoire effectué dans chacun des camps. Auschwitz (de loin) et Majdanek sont les deux camps les plus visités. Eux deux se situent en périphérie de grandes villes (Katowice et Lublin) et, à ce double titre, le calme et la sérénité ne sont pas vraiment de mise. Belzec, Chelmno, Sobibor et Treblinka sont désormais des havres de paix. Construits à la campagne, ils subissent moins l'agitation. Mais les monuments et mausolées sont là, solidement érigés et ancrés, j'espère à jamais. Car il convient à tout prix de les préserver. Tout autour, les terrains sont sabloneux et les forêts de pins et de bouleaux magnifiques. Le silence est total (peu de monde sur les sites à cette époque) et convient parfaitement à la réflexion. Tous ceux dont les cendres demeurent mélées au sable qui les a vus et sentis mourir, méritent mille fois ces conditions d'un repos éternel. Le seul bruit qu'ils peuvent désormais entendre, est celui des voix de ceux qui évoquent leur noir destin en se recueillant sur les vestiges de ce qui a constitué un calvaire injuste comme peu d'autres au monde...

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Vendredi 14 mai

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Sur la route de " Pitchipoï "... (8ème jour)

6. BUCHENWALD

Aujourd'hui, je rends visite au dernier lieu d'infâmie de ce voyage. Buchenwald est un camp de concentration pur et dur. Si, contrairement aux camps d'extermination de Pologne (Belzec, Chelmno, Sobibor et Treblinka) la population carcérale était là avant tout pour travailler, elle a payé un lourd tribut à la mort, ceci en raison des conditions inhumaines de détention. 56'000 personnes ont perdu la vie ici, sous le commandement de l'Oberführer (Colonel) Karl Koch, SS dégénéré (ça, c'est un pléonasme!) pourri, cruel et fusillé par les siens en 1945; c'est dire si sa pathologie était grave... Prisonniers de droit commun, politiques, associaux, tsiganes, homosexuels, Juifs, Témoins de Jéhova et j'en passe, tout ceux qui, dans le Reich, n'avaient pas l'heur de plaire aux nazis finissaient dans une "prison" comme celle-ci. Et comme pour ce qui est des camps cités plus haut, ce qui frappe ici, c'est la verdure, le calme et l'isolement. Buchenwald est entièrement intégré à la forêt d'Ettersburg (nord-ouest de Weimar). Après trois heures de visite dans les différentes expositions, l'écoeurement est total. Comme à Auschwitz et dans les autres camps érigés sur le sol polonais...

Les nazis, les SS (je me refuse de dire les Allemands, car tous n'étaient pas comme ça), aveuglés par le discours d'un fou, forgés à une rigueur et une discipline d'enfer jusqu'à les pousser à faire abstraction de leur propre humanité, ont commis là l'horreur absolue! Une chose épouvantable, inimaginable, répugnante et odieuse, mais une chose que l'humanité se doit de prendre à son compte, parce que commise par des hommes (et aussi quelques femmes) qui ne peuvent, même pour cette seule raison, être exclus du genre prétendu le plus évolué de la planète...

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Samedi 15 mai


Buchenwald. Le camp est immense et ce monument a été implanté à son entrée, loin encore du camp des prisonniers dans lequel , de 1937 à 1945, tant d'horreurs ont été commises...



Buchenwald. La porte d'entrée du camp des prisonniers et la cour d'appel...



Buchenwald. La cour d'appel, dans laquelle a été déposée une plaque à la mémoire des 56 nationalités différentes de prisonniers retenus et assassinés ici...



Buchenwald. Le camp des prisonniers avec, en haut la porte d'entrée et, à gauche, le crématoire...



Buchenwald. Le chêne de Goethe, ou plutôt ce qu'il en reste. Incendié en 1944 suite à un bombardement allié, la souche a été préservée. Selon les prisonniers détenus ici, le Reich s'effondrerait lorsque cet arbre viendrait à disparaître. A un an près, ils avaient raison...



Buchenwald. Clôture et mirador du camp des prisonniers. A gauche, le crématoire...



Buchenwald. Le sous-sol du crématoire, lequel a servi de salle de torture et d'exécution. A noter, sur tout le pourtour de cette salle, les nombreux crochets fixés aux murs, à proximité du plafond. Plus de 1'000 prisonniers, hommes, femmes et adolescents, y furent pendus durant l'exploitation du camp (dans son livre "Le grand voyage", Jorge Semprun en fait la description). Buchenwald était un camp de concentration. Pas de chambre à gaz ici donc. Mais les 56'000 morts prouvent à quel point les conditions de détention étaient effarantes...



Buchenwald. L'Oberführer Karl Koch, officier supérieur SS et membre du parti nazi. Ignoble assassin, organisateur responsable et zélé de crimes impardonnables contre l'humanité et, accessoirement, père de famille plaisantant et jouant avec ses enfants...



Buchenwald. Une photo célèbre, prise à la libération du camp, des dortoirs de Büchenwald et des prisonniers traîtés comme des bêtes ne sauraient en faire autant de leur propre espèce...


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Sur la route de " Pitchipoï "... (Aparté I)

Une semaine après avoir quitté une Pologne dans laquelle je me suis senti si bien, content (parce que je ne peux dire heureux) d'avoir vu les Camps qui demeurent, sur son sol, comme autant de coups de poignard, blessures et stigmates desquels le sang s'écoule toujours, il me restait encore trois visites à effectuer. Sur le sol français cette fois. Profitant d'un voyage dans les environs de Paris, je me suis donc rendu dans la capitale pour visiter le Mémorial de la Shoah, sis 17, Rue Geoffroy-l'Asnier, dans le IVème Arrondissement...

Inauguré il y a six ans, le bâtiment et tout ce qui y est exposé donnent un aperçu très fidèle des réalités de la déportation et du massacre des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. Truffée de documents et photos en grande partie inédits, l'exposition se révèle impressionnante. A commencer par le mur d'entrée, sur lequel ont été gravés les noms, prénoms et années de naissance des 76'000 enfants, femmes et hommes ayant embarqué dans les 74 trains partis de France vers Auschwitz, Majdanek, Sobibor, Kaunas et Buchenwald entre le 27 mars 1942 et le 18 août 1944....

Tout aussi impressionnant se révèle le Mémorial des enfants Juifs déportés de France. Résultat d'une recherche démentielle par son ampleur et mise en oeuvre par Serge Klarsfeld, on y trouve la liste des 11'400 enfants juifs déportés, au départ principalement de Drancy. Une liste qui comprend les noms, prénoms, lieu d'arrestation et date de leur déportation. Sur un immense mur de verre, éclairé de l'intérieur, on peut y voir (mais qui peut bien le faire sans avoir la gorge nouée?) les photos d'une bonne partie d'entre-eux...

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Dimanche 23 mai


Mémorial de la Shoah. Le Mur des Déportés, liste gravée sur un haut mur de marbre divisé en trois parties et long de plusieurs dizaines de mètres. Trois infortunés déportés portent le nom de Marcel Bloch, tous nés en 1892. L'un deux allait devenir, à son retour de Buchenwald, le célèbre Marcel Dassault. Mais que sont devenus les deux autres?...



Mémorial de la Shoah. Simone Lagrange (née Kadosche), la femme admirable (son histoire a été évoquée sur ce site le mois dernier) dont le papa a été assassiné, devant ses yeux horrifiés, par un SS lors d'une de ces horribles "Marches de la Mort" de janvier 1945...



Mémorial de la Shoah. Jacob est le nom de jeune fille de Simone Weil. Elle est revenue des camps, mais pas sa maman, morte à Auschwitz, ni son papa, faisant partie du convoi 73, envoyé sans qu'on sache vraiment pourquoi vers Kaunas (Lithuanie) et Reval (actuelle Tallinn, capitale de l'Estonie). Nul ne sait ce qu'il est advenu des 878 Français embarqués dans ce convoi mystérieux. Ce n'est qu'après l'effondrement du bloc communiste que Madame Weil a appris que son père était l'un d'eux...


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Sur la route de " Pitchipoï "... (Aparté II)

Après le Mémorial de la Shoah, il me restait un autre monument commémoratif à voir dans la ville de Paris, celui de la Rafle du Vel'd'Hiv. Situé à l'extrémité d'une jolie promenade aménagée sur le Quai de Grenelle, dans le XVème et au bord de la Seine, il est l'oeuvre du dessinateur, peintre et sculpteur d'origine polonaise Walter Spitzer. Le Vélodrome d'Hiver a été rasé dans les années soixante et le seul souvenir marquant la Grande Rafle était une plaque apposée sur ses murs. Après la disparition de vélodrome, sis rue Nélaton (à sa place se trouvent actuellement les offices du Ministère de l'Intérieur), la plaque en question a été déplacée et fixée sur un bâtiment voisin du boulevard de Grenelle...

Pendant une trentaine d'années donc, rien d'autre n'existait pour marquer et se recueillir sur ce lieu d'infamie dont l'Etat français et sa police de l'époque étaient les seuls responsables. Il fallut attendre l'initiative de François Mitterrand et son décret du 3 février 1993 pour qu'enfin quelque chose de sérieux soit entrepris pour rendre hommage aux 13'000 "raflés" des 16 et 17 juillet 1942. Walter Spitzer, lui-même déporté à Blechhammer (rattaché à Auschwitz) puis Buchenwald, et ayant survécu surtout en raison de sa passion et de son talent pour le dessin, a créé une oeuvre sobre mais magnifique, composée de sept personnages assis ou couchés sur ce qui représente un pan de la piste incurvée du Vel'd'Hiv...

Le monument a été inauguré le 17 juillet 1994, mais il a fallu attendre encore un an et un changement de président pour que Jacques Chirac, lors de son fameux discours du 16 juillet 1995, reconnaisse la responsabilité de l'Etat français dans cette irréparable tragédie...

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Dimanche 23 mai


Place des Martyrs juifs du Vel'd'Hiv. Non loin du Champ de Mars et de la Tour Eiffel, en bordure de la Seine et de ses péniches amarrées...



Place des Martyrs juifs du Vel'd'Hiv. Sept personnages, cinq adultes et deux enfants, perdus, hébétés et incrédules sur la piste du vélodrome, attendent (sans le savoir) leur transfert vers Beaune-la Rolande, puis Auschwitz. Un niveau de détail et une justesse des attitudes tout simplement remarquables...



La Seine et la Tour Eiffel. Prises depuis le Pont Bir-Hakeim, à l'extrémité est duquel commence la Promenade menant à la Place des Martyrs juifs du Vel'd'Hiv et au Mémorial de Walter Spitzer...



Rue Nélaton. Qui se souvient du nom d'un cycliste ayant remporté une épreuve des "Six Jours" dans le vélodrome construit ici? Longue de cent mètres à peine et parallèle au quai de Grenelle, c'est pourtant dans cette rue que, les 16 et 17 juillet 1942, le destin de 13'000 hommes, femmes et enfants a irrémédiablement basculé...


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Sur la route de " Pitchipoï "... (Aparté III)

En rentrant de Paris, comme je ne suis pas pressé, je décide de faire une petite escale dans le Loiret, pas très loin d'Orléans, dans un petit village qui se nomme Beaune-la-Rolande. Actuellement, l'endroit paraît très bucolique mais, il y a un septantaine d'années, ce lieu était synonyme de collaboration et de déportation. En 1939, dans le but d'héberger d'hypothétiques prisonniers allemands d'une guerre qui s'annonce, une quinzaine de baraquements a été construite dans le village même. Les hostilités n'ayant pas vraiment tourné comme les Français l'espéraient, ce sont en fait les Allemands qui utilisèrent ce camp pour y loger leurs prisonniers, ceci dans l'attente de leur transfert dans les camps de travail du Reich. Et puis, dès 1941, Beaune-la-Rolande accueille les premiers Juifs étrangers arrêtés en France...

Après la Rafle du Vel'd'Hiv, une partie des Juifs qui en furent les victimes est amenée ici. Après le 1er train ayant quitté Beaune (1038 personnes, le 28 juin 42) directement pour Auschwitz, un second convoi effectue le même trajet le 5 août 42, avec 1014 personnes à son bord. Dans celui-ci, on ne trouve pratiquement que des victimes de la Grande Rafle. Mais, détail horrible voulu par les subordonnés à l'ignoble Pierre Laval, les enfants ont été arrachés à leur parents et demeurent dans le camp de Beaune. Quinze jours plus tard, dans des conditions qu'on peut imaginer si l'on n'a pas une pierre à la place du coeur, 1'500 de ces enfants sont alors convoyés ensemble vers Drancy. Puis, de là, vers Auschwitz, par convois successifs, où ils seront tous exterminés dès leur arrivée...

Aujourd'hui, heureusement à mille lieues de cette atroce réalité de guerre, le village se souvient et c'est tant mieux. Au bout de la rue portant le nom de ces malheureux, un monument en leur hommage a été érigé. Plus aucun train ne part de Beaune-la-Rolande car la gare SNCF, si elle existe toujours, a été désaffectée. Dans ses murs et sa reconversion, je dois avouer qu'une initiative m'a un peu troublé car je n'arrive pas vraiment à me persuader qu'elle soit digne de marquer le souvenir d'une tragédie ayant engendré la disparition de tant et tant de petits enfants qui n'avaient pour eux que leur innocence et leur confiance dans les adultes guidant leurs pas...

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Lundi 24 mai


Beaune-la-Rolande. Une rue que l'on emprunte (librement) en essayant de se mettre à la place de ceux qui, sous la contrainte, l'ont parcourue entre 1941 et 1943...



Beaune-la-Rolande. Le monument aux martyrs du racisme et de l'intolérable collaboration d'un gouvernement français dirigé par Laval, Président du Conseil. Heureusement, mais tellement dérisoire par rapport au mal qu'il a commis et fait commettre, ce dernier sera passé par les armes à la fin de la guerre...



Beaune-la-Rolande. La gare, désaffectée, mais devant laquelle on a gardé deux cents mètres de voies ferrées, jadis innondées par tant de larmes. 8'131 hommes, femmes et enfants ont quitté cette gare et celle de Pithiviers (camp voisin) pour rejoindre directement (donc sans transit à Drancy) Auschwitz entre le 25 juin et le 21 septembre 1942. Seuls 155 d'entre-eux étaient encore en vie à la fin de la guerre...



Beaune-la-Rolande. L'initiative en question. Dans les locaux de la gare, une garderie d'enfants a été installée. La meilleure façon de se souvenir? Sans savoir pourquoi, je n'arrive pas à m'en persuader...



Beaune-la-Rolande. Ancienne gare et plaque apposée à côté de l'entrée de la crèche...

 

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