En 1974 enfin…

Leur plus grand succès fut incontestablement "J'ai encore rêvé d'elle", sorti en 1975. Pourtant, un an auparavant, il y avait eu cette chanson qui demeure pour moi la plus belle du groupe. Joëlle avait 21 ans et avec "C'était l'année dernière", elle nous contait une histoire d'amour qu'elle avait vécue quelques mois plus tôt. "Il était une fois" avait été créé pour nous parler d'amour, au travers de quelques ballades langoureuses, de moments d'émotion d'une rare intensité, mais avec un talent à nul autre pareil. Et puis le groupe avait trouvé, dans le personnage de la très belle Joëlle, l'interprète qui allait porter l'ensemble vers les sommets de la variété française des mid soixante-dix. Cette fille, dont je suis tombé spontanément amoureux le jour où je l'ai rencontrée, tient dans mon coeur une place vraiment à part...
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Inséré le 31 juillet 2009
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Etang de Biguglia, 16 octobre 1984...

Les brumes stagnent, presque immobiles, au-dessus de l’eau. Nul souffle de vent, rien qu’un grand silence. Les rayons encore timides du soleil, percent à grand peine l'impalpable coton flottant langoureusement à la surface de l'étang. Le jour se lève. Dans le lointain, un bruissement d’aile évoque l’envol d’un canard, cependant qu’un couple de cygnes passe majestueusement, silencieux et glissant avec lenteur. Là-haut, le ciel divulgue un pan restreint de son teint bleu pâle. Le cri plaintif d’un goéland perce soudain le silence et s’éteint rapidement, comme dans l’attente d’une réponse qui ne vient pas… Assis sur la berge de l'étang, la Corse m'apparaît dans toute sa splendeur. Le petit lac est un miroir gigantesque que les rayons du soleil ont peine à réchauffer, tant la brume est présente. Mais l’astre puissant, bientôt transpercera ce voile fugace. Déjà, les masses compactes d’humidité craquèlent de toutes parts et se défont de leur douce unité. La lumière envahit l’espace et la vie donne quelque aperçu de son irrémédiable retour. Ca bouge, ça s’anime, ça vole, ça s’envole de toutes parts et la nuit n’est déjà plus qu’un souvenir…

En posant pour un instant mon appareil photo, j'aperçois, émergeant du sol sablonneux, le goulot d'une minuscule bouteille de verre blanc. Haute d'une dizaine de centimètres et obturée par un bouchon de liège, elle contient une feuille de papier, pliée et roulée à l'intérieur. Intrigué, à l'aide de mon couteau suisse, je fais sauter le bouchon sans grande difficulté et accède ainsi au papier jauni. A peine lisibles, quelques dizaines de lignes y ont été écrites. Incrédule, j'entreprends de lire son contenu…


Dimanche 30 juillet.

Dès les premiers rayons du soleil, je suis debout. Mon épaule me fait souffrir et j'ai mal dormi. Après avoir avalé mon café, je descends jusqu'à l'étang. Il fait bon. La journée va être magnifique. Je marche en silence, mes pensées se dispersent et si je suis l'étroit sentier de cailloux, j'ignore quel sens donner encore à mon existence. Le petit chemin va tout droit dans la garrigue, mais ma vie est en panne, stoppée nette à l'orée d'un carrefour… J'arrive à l'étang de Biguglia. Nul souffle de vent. Pas la moindre ride, pas un seul pli à la surface de ses eaux bleutées. Tout est calme. Nature apaisée, silence à peine troublé par le bruissement léger d'un grillon. Au loin, près des roseaux, deux flamants procèdent à leur toilette. Sur l'eau, le reflet rosé de leur plumage multiplie par deux les courbes gracieuses de leur silhouette. La douceur de la vie est là. Bien présente par la beauté de cet endroit et par le calme de ces oiseaux qui ignorent que nous sommes en guerre…

De quoi demain sera-t-il fait? Quelle sera l'issue de ma prochaine mission? La guerre n'est pas finie, mon errance sur terre non plus. Mais si la première semble devoir se terminer sans moi, comment poursuivre la seconde?… Les deux flamants roses s'envolent. D'une grande amplitude, leurs ailes battent le vent. Très vite ils s'éloignent, mais sans prendre rapidement de l'altitude. Pareils à mon Lightning… Au loin, par-delà l'étang, la mer scintille de mille éclats. Un bateau passe. Je pense à Louise. Il y plus de vingt ans, elle et moi voguions dans l'ignorance de nos jeunes années. Idyllique, le lac de Bienne resplendissait. Comme celui-ci! Mais ses éclats, au travers des mots de Louise, m'avaient transpercé le cœur. Aujourd'hui, même si les entailles se sont refermées, les perspectives d'une vie future, dans ce monde en folie, ont rouvert ma blessure, ravivé ma douleur…

Je m'assois dans l'herbe, allume une cigarette et me laisse aller en arrière. Le ciel est d'un bleu limpide et cristallin. Les herbes sauvages me picotent le dos au travers de ma chemise. Dans ma poche, je sens la petite bouteille de cognac vide, finie hier soir… Je me sentirais presque bien si mon tourment ne rendait mon cœur si pesant. Je suis dans un petit éden, un jardin au cœur d'un champ de bataille dont je ne sortirai probablement pas indemne. Demain matin, je prendrai l'air pour une mission qui ne sera suivie d'aucune autre. Je le sais bien, même si personne ne m'assène cette officielle vérité. Le monde est en guerre contre un fléau qui le mine depuis trop longtemps. Je participe au combat mais, plus encore, je lutte contre l'idée que je me fais de la vie après la victoire. Ma décision est prise. Demain, descendu ou pas, je ne rentrerai pas et je ne regretterai absolument rien. La termitière future m'épouvante et je hais leur vertu de robots. Moi, j'étais fait pour être jardinier, pour planter des graines, pour faire pousser des légumes et des fleurs..

Homme, femme qui déterrera ce vestige, enfoui au soir de mon avant-dernier jour, je te salue. Dis à ceux qui se sont inquiétés de mon destin, que je suis parti sans haine, le cœur lourd mais l'âme légère, l'esprit habillé du souvenir de mes plus belles rencontres, riche du sourire des hommes et heureux de m'être ouvert à la tendresse des femmes...

Antoine de Saint Exupéry
Borgo, 30 juillet 1944

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Inséré le 30 juillet 2009
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Lynda LEMAY
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Née le 25 juillet 1966
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m'a conquis dès le premier de ses récitals auxquels j'ai assisté. C'était en juin 2002. Ce que cette femme dégage sur scène est unique. Une complicité confinant à la communion avec son public, une façon unique de rallier chacune et chacun à sa cause, une présence, presque charnelle, d'une sensualité qui passerait pour indécente s'il ne s'agissait pas d'elle. Lynda LEMAY, qui fête aujourd'hui son 43ème anniversaire, sur scène et plus encore que dans tout ce qu'elle écrit, c'est un émerveillement de l'initiale à l'ultime note de sa musique, de la première à la dernière de ses paroles. Et qui dure bien plus longtemps encore, après que toutes les lumières se soient éteintes...
Inséré le 25 juillet 2009
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En 1974 toujours…

Venu du Québec (comme Marc Hamilton), un groupe nouvellement formé se démarque des thèmes traditionnels de la chanson francophone, en présentant une chanson qui deviendra l'hymne de la défense des phocidés dans beaucoup de pays. Beau Dommage, en créant cette ballade triste, rallie des centaines de milliers de défenseurs de la nature et du monde animal à son pavillon. "La complainte du phoque en Alaska", bien avant Brigitte Bardot, lance le premier cri d'alarme et la campagne de l'actrice française doit peut-être beaucoup à cette complainte, même si le massacre des bébés phoques est autrement plus grave que l'utilisation de ces animaux dans les spectacles de cirque… Beau Dommage et sa magnifique chanson firent un succès considérable dans tous les pays francophones et, en le réécoutant trente-cinq ans plus tard, on s'aperçoit que ni le thème, ni la chanson, ni ses interprètes n'ont pris le moindre coup de vieux. Cette version de YouTube, même si le son et l'image sont décalés, est sans doute la plus belle qui existe. Et d'entendre tout ce public la chanter à l'unisson plus de vingt ans après, prouve que ce titre est devenu culte. Et ça, l'un dans l'autre, ça me réchauffe le cœur…
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Inséré le 23 juillet 2009
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Coup de bambou!

Quelles sont les raisons qui me donnent envie d'aller voir un film?

1. L'actrice principale.
2. L'histoire.
3. Le (la) metteur en scène.
4. L'acteur principal.
5. Le bouche à oreille.

J'aime beaucoup Didier Bourdon, que je considère comme l'un des grands acteurs comiques actuels. "Les trois frères" et "7 ans de mariage", dans lesquels il excelle, donnent en plus une bonne idée de son talent de metteur en scène. En réalisant "Bambou", une comédie loufoque, il met en exergue son cruel manque actuel d'inspiration, entrevu plus tôt avec ses "Madame Irma" et "Madame Edouard". "Bambou", c'est une daube pour mémère à son toutou, une histoire débile entre un petit employé de banque et une concertiste de piano (ou pianiste de concert). Couple hautement improbable, qui se lézarde sous prétexte que madame tombe amoureuse d'un cocker (Bambou) et veuille donner priorité à sa carrière musicale. S'en suit la déchéance de monsieur, son errance ahurissante de connerie, le tout enveloppé, comme il se doit, dans les gros cacas et pipis de la chienne tout au long de ce navet qui nous poursuit, bien après la sortie de salle, de ses odeurs nauséabondes… Consternant!

Plus consternant encore est le fait de trouver Anne Consigny se débattre dans cette daube. Après "La première étoile", film tout sauf exemplaire pour ce qui est de rehausser sa cote au box-office, la voilà qui remet ça dans ce machin sans nom qui risque de plomber son aura pour longtemps. Comment l'actrice géniale de "Le scaphandre et le papillon" ou de "Je ne suis pas là pour être aimé", deux chefs-d'œuvre dont le second aurait dû lui rapporter un César, a-t-elle pu se complaire dans cette ânerie? C'est à n'y rien comprendre! Et cela me fait de la peine pour elle, actrice surdouée dans son jeu, mais apparemment pas dans ses choix. Dommage… En fin de compte, je suis allé voir "Bambou" pour elle d'abord. Et puis pour Bourdon. J'ai vu une histoire débile, une mise en scène quelconque, deux bons acteurs à contre-emploi. Il ne faut donc pas compter sur moi pour ce qui concerne le bouche à oreille…

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Inséré le 22 juillet 2009
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On a (assez) marché sur la Lune!...

Tintin est et a toujours été mon héros de bandes dessinées favori. Et, parmi ses aventures, "Objectif Lune" et "On a marché sur la Lune", font partie de mes titres préférés. Le 21 juillet 1969, le rêve devient réalité. Et je suis devant le poste de télé lorsque Armstrong prend pied sur notre satellite. D'admiratif, que j'étais alors, je suis passé à indifférent quarante ans plus tard. Lorsque je vois ce que l'humain a fait de sa planète, je fustige sans ménagement ceux qui veulent remettre ça. Rien à foutre de la Lune et de Mars!

Si l'homme veut coloniser ces astres sous prétexte que la Terre ne sera bientôt plus habitable, c'est une connerie de plus à mettre à son passif! Des centaines de milliards de dollars pour marcher sur Mars en 2050? Pourquoi faire? Pour se rendre compte, vingt ans plus tard et cinq missions habitées, que la planète rouge ne représente pas plus d'intérêt que la Lune pour ce qui est d'une éventuelle migration de l'humain vers ces "terres"… Les missions alors suspendues pour un siècle, on remettra ça en 2200, un illuminé ayant soudain découvert que Vénus est en train de se refroidir…

Moi, ce qui me refroidit, c'est la connerie humaine. Et plutôt que de partir en voyage vers les planètes (mortes) de notre système solaire, je préconise de travailler sur la miniaturisation. Car le jour où on arrivera à lancer un vaisseau dans les veines et les artères de l'homme, et de remonter ainsi jusqu'au labyrinthe de son cerveau, on n'a pas fini d'être effaré par le nombre de connexions niquées, favorisant ainsi un potentiel ahurissant d'imbécillité en stagnation dans ce magma ramolli…

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Inséré le 21 juillet 2009
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Enfin, je l'ai trouvée... (Voir le 2 mars 2009)
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Inséré le 19 juillet 2009
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Marc Hamilton...

Deux ans après Monia et Peter Holm, le tube d'un autre inconnu bombarde assidûment les ondes radiophoniques. Un succès qui demeurera unique dans la carrière de ce Québécois de 26 ans. "Comme j'ai toujours envie d'aimer", par ses paroles un peu évocatrices, ne plaît pas à ma mère et si sa censure n'est pas appliquée, elle hoche la tête avec dédain... Marc Hamilton, de sa voix superbe, entraîne avec lui une grande partie de l'Europe dans un slow langoureux qu'un gars de seize ans comme moi, se doit d'expérimenter. Premiers baisers, premiers flirts, premiers effets sur moi des formes harmonieuses et suggestives d'un corps féminin lové contre le mien. Et premières révélations que ces moments délicieux où les corps se cherchent, se frôlent, se trouvent et s'épousent, font et feront toujours partie des plus belles quêtes de ma vie...
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Inséré le 17 juillet 2009
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Ri-di-cule!…

14 juillet, date française par excellence. Chez moi c'est le 1er août, ailleurs le 4 juillet. Peu importe. Le point commun? C'est la fête nationale. Cette commémoration, marquant souvent l'indépendance du pays en question, est plus ou moins fêtée selon les mentalités. Discours des élus, feux d'artifice pour les moins fervents de la chose. Chez les autres, pour marquer le coup, on sort tout bonnement l'artillerie lourde. Défilés militaires, parades, troupes au pas, Armée de terre, de l'air, Marine, fanfares, garde à vous, on célèbre d'abord la puissance militaire de la nation. En France, c'est ainsi que cela se passe et les hélicoptères "Tigre" fendent le ciel au son de la Walkyrie. Pour une nation qui se prétend être pour la paix et la pacification des peuples, cette arrogance est tout bonnement insupportable…

Nous ne sommes plus dans une guerre froide qui voyait, jadis, les chars et les missiles nucléaires popov défiler devant ces ramollis du cerveau qu'étaient Brejnev, Andropov ou Tchernenko, dirigeants séniles se réchauffant en se roulant des pelles sur la Place Rouge et sous les embruns glacés de novembre. La place, alors, était devenue verte, camouflée par cet exhibition ridicule d'une puissance qui s'est effondrée comme un château de cartes il y a près de vingt ans. Depuis, certains se sont assagis. Pas les Français. C'est tellement beau, ces troupes qui défilent, bardées de la cocarde bleu blanc rouge, les hommes si fiers dans leur uniforme. Au chef de l'Etat, cela apporte (enfin) le sentiment que sa France est une grande nation, puissante et respectée. Au peuple lambda, peut-être la satisfaction que le temps où les casques à boulons défilaient, au pas de l'oie et au même endroit, est bien révolu…

Je hais cet exhibitionnisme outrancier. Je hais le nationalisme et la vénération du drapeau. Je déteste le chauvinisme, l'esprit cocardier et les hymnes nationaux élevés au rang de chant de tout un peuple. Cette Europe, dont les bases ont été jetées par un Français, n'a pas, n'a plus besoin de telles démonstrations démodées, hautaines, ridicules. Je rêve d'un 14 juillet plus conforme aux petits bals du soir et de jadis. Je rêve d'un temps où les femmes et les hommes, réunis autour d'un méchoui ou d'un cochon de lait en broche, passeraient leur soirée à chanter, tous en chœur, quelques chansons fraternelles et non plus un hymne qui met en exergue la soi-disant bravoure (la cruauté, plutôt) d'un soldat et son indifférence devant le sang qu'il fait couler au nom de la liberté…

Et comme si ça ne suffisait pas pour aujourd'hui, voilà-t-y pas qu'une chaîne de télé nationale en rajoute une couche… Une soirée entière au sein de l'Armée de terre! Avec la Marseillaise éructée par un ténor français à la tronche grosse comme un Zeppelin... Des artistes participent et se discréditent avec fierté. On nous montre et vante leur courage, ayant tous accepté de se rendre, au péril de leur vie, dans le cœur de l'action, au Tchad, en Afghanistan ou ailleurs, là où les troupes sont actuellement en mission de guerre. C'est ainsi qu'on verra un acteur en vogue apporter à ces soldats privés de leurs familles, quelques messages vidéo de ces dernières. Et qu'on l'entendra s'extasier devant les réactions des hommes, touchés en plein cœur par ces merveilleux cadeaux. Consternant! Le tout mené de main de maître par le beauf de service sévissant sur France 2. Après sa pitoyable interview (exclusive, siouplaît!) de "son idole" Lance Armstrong, le "gentil" Mimi prouve (si besoin est) qu'à 65 ans, il est amplement temps pour lui de prendre sa retraite!

Tout cela pue et me dégoûte! D'autant plus pour un pays que j'habite et qui, sous d'autres aspects, possède tant de charme et de splendeurs. Franchement, c'est à n'y rien comprendre et je désespère de voir un jour, enfin tourner le vent…

A
Inséré le 15 juillet 2009
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Ne te retourne pas sur le hérisson…

Monica Bellucci et Sophie Marceau sont deux femmes absolument superbes! L'éclat de leur plastique et de leur peau superbe, ressort divinement sur un écran qu'elles occupent à tour de rôle. Ainsi, "Ne te retourne pas" est un film très agréable à regarder pour qui est très sensible à la beauté féminine…

Josiane Balasko, c'est autre chose... Avant d'aller voir "Le hérisson", je me suis amusé à lire quelques critiques d'un des plus grands succès de librairie (que, étant peu friand de romans, je n'ai pas lu) sorti en 2006, "L'élégance du hérisson", de Muriel Barbery. Et je suis tombé sur quelques piques acerbes, pêchées dans des journaux de droite comme de gauche. En gros, les premiers fustigent le roman car dedans (je schématise) les pauvres sont les bons, les riches les méchants: de l'autre côté, le livre déplaît car il est une insulte envers les véritables et vénérables concierges d'immeubles. Avec près de 1'500'000 exemplaires vendus, le peuple (de gauche et de droite) a tranché!

Le film: Paloma (Garance le Guillermic) est une enfant de onze ans, fille d'un père ministre et d'une mère en permanence sous anxiolitiques et n'exprimant sa tendresse qu'au travers de son amour pour ses plantes vertes. Paloma a une sœur, Colombe (tiens, tiens, c'est original), son aînée de quelques années, parfait reflet de ce qu'un tel couple est sensé produire… La cadette, elle, est différente. Consternée par le comportement ahurissant de ce petit monde gravitant autour d'elle, elle refuse d'en faire partie et décide, le jour de ses douze ans, de se donner la mort. En attendant, avec la vieille caméra vidéo de son père, elle entreprend de tourner un film sur son entourage…

Au rez-de-chaussée, il y a la concierge. Renée (Josiane Balasko) a 54 ans. Elle est veuve, grosse, mal fagotée et acariâtre. Mais elle aime la littérature et le cinéma japonais et ça, bien sûr, personne ne s'en doute. Dans son immeuble du XVIème, dans lequel ne vivent que des riches, personne ne s'intéresse à elle. Jusqu'au jour où un distingué Japonais vient s'installer au cinquième étage. Monsieur Ozu (Togo Igawa) est un homme raffiné, sage et très intuitif. Par une citation puisée dans un livre de Tolstoï, Renée fait naître en lui un intérêt insoupçonné. Le vieil homme désire la mieux connaître... Le film a démaré et, au fil des minutes, le bonheur et l'émotion s'installent. Je ne vous raconte pas le dénouement mais vous rassure quand même quant au destin funeste que Paloma s'était promis…

La petite Garance Le Guillermic est épatante et donne au film une fraîcheur que le huit-clos dans cet immeuble austère aurait pu pénaliser. Togo Igawa, le fortuné Japonais à l'appartement magnifique, tient son rôle à la perfection et vivre la sagesse et la bonté de cet homme est un ravissement permanent. Si ces deux comédiens constituent pour moi une formidable découverte, je connais (et apprécie beaucoup) Anne Brochet. Dans son rôle de mère à côté de la plaque, elle est absolument parfaite. Quant au "hérisson", au travers de cette sublime prestation (parfait contre-emploi à ses éternels rôles comiques), Josiane Balasko apporte la preuve, s'il en manquait une, qu'elle fait bien partie des meilleures comédiennes du cinéma français…

"Le hérisson" est le premier long métrage de Mona Achache, une jeune réalisatrice de 28 ans. Et pour un coup d'essai, c'est bien plus qu'un coup de maître! Une mise en scène magnifique, une sensibilité extraordinaire dans les cadrages, les gros plans, la justesse du placement de la caméra, son travail est ahurissant de beauté et, plus remarquable encore que cela, car émanant d'une femme si jeune réalisant son premier film. Pour moi, "Le hérisson", et de loin, est le plus beau film de l'année! Avec le temps qui passe et ce refus qui est le mien de toute violence, même au cinéma, ce bijou de film aurait presque le don de me réconcilier avec le genre humain. Mona Achache marche sur les traces d'Agnès Jaoui. Et ce cinéma de femmes me ravit, me bouleverse et me conforte dans l'idée que, comme le chantait si justement Ferrat, la femme est bien l'avenir de l'homme… A

A
Inséré le 14 juillet 2009
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La brèche...

Plus encore que la patte, je traîne un cœur lourd de douleur, de peine et de stigmates. De ce genou usé je constate, médusé, que jaillissent peines et rancoeurs, échecs, désillusions. Je boîte et claudique en raison de cartilages élimés, d'arthrose et d'usure, mais je sais que le vrai mal vient d'ailleurs, dissimulé dans un corps qui crie au secours jour après jour… Je souffre d'une jambe qui n'est que l'antichambre d'un cœur à l'agonie. Ma peine, tel un passager aux abois, cherche une voie par laquelle évacuer ce navire en train de sombrer, de prendre l'eau de toutes parts. Le bateau coule par une simple brèche creusée dans un genou. Cette jambe, jadis la seule valide, tremble sur ses bases et sa sœur, minée dès l'enfance, n'y est d'aucun secours. Il faut savoir accepter la sentence. Là où je me trouve, la mer est profonde et le gouffre engloutira mon être comme un vulgaire radeau de balsa! Colmater la brèche? Avec quoi? Le ciment de la vie n'a plus sa rigidité d'antan, et comme ils sont loin mes dix-sept ans. Quand la fin sera proche, ô dérision, je n'aurai même pas le loisir de tomber à genoux...
Car le gauche est niqué, le droit détraqué et moi complètement paniqué...
Que vienne la vague libératrice!
Inch Allah!…
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Inséré le 13 juillet 2009
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Et on remet ça…
A
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Inséré le 12 juillet 2009
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Monia…

Dans la série "Tube de l'année", voici une chanson qui, en 1968, fit un raz-de-marée dans les discothèques. Quel adolescent de la fin des années soixante ne se souvient-il pas de ce monument? Des paroles simplistes, répétitives, ringardes! Mais une mélodie que personne n'a pu oublier, tout simplement parce qu'elle était la partition idéale pour favoriser le flirt dans des slows langoureux... Peter Holm, jeune Suédois de 21 ans, réussit cette année-là un coup unique mais un coup de maître! Quarante ans que je n'avais pas entendu cela. C'est nul! Mais c'est aussi génial...
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Inséré le 10 juillet 2009
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1974 encore…

Parmi les succès de l'année, un barbu, style baba cool, nous balance une ballade lente et rêveuse. Musique langoureuse, paroles nouvelles, peu en rapport avec certaines banalités exprimées à cette époque. Sur ce coup-là, Gérard Manset nous pond un petit chef-d'œuvre. Il n'y a rien à jeter dans ce pur bijou, écrit, composé et interprété (de sa voix unique) par ce petit gars discret de Saint-Cloud... La plupart du temps, lorsque j'adore d'entrée une chanson, cela ne dure pas. Je m'en lasse assez rapidement. Celle-ci fait partie des exceptions. Comme "Le premier pas", "Le plat pays", "Non, je ne regrette rien", "L'orage", "Il voyage en solitaire" ne m'a jamais lassé. Ce titre fait partie de mes dix chansons préférées, toutes catégories confondues…
A

A
Inséré le 9 juillet 2009
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1974 - Le premier pas, ou le regard des femmes…

En 1974, Claude-Michel Schönberg interprète le tube de sa vie. L’histoire d’un homme timide qui n’ose déclarer sa flamme à la femme qu’il aime en secret. Cette année-là, "Le premier pas" connaît un succès colossal et, moi qui donne neuf mois de ma vie à l'armée, je voue un véritable culte à cette magnifique chanson d'amour. Dans une troupe de gars de vingt ans, il y a de tout, mais il y a surtout ceux qui sont sûrs d'eux et ceux qui doutent. Je ne suis alors qu'une recrue à peine adulte et ces neuf mois sont un apprentissage de la vie en communauté. Dans ma section, parmi les forts en gueule dont je ne fais pas partie, un jeune paysan vaudois se la joue macho. Dans nos sorties, il passe son temps à siffler les filles et à jouer les coqs devant elles. Pour un coincé de mon genre, à qui on a appris que la masturbation était un péché, ce gars-là est un extra-terrestre. Un jour que "Le premier pas" passe sur les ondes d'une radio de nos dortoirs, le voilà qui pique la mouche:

- Mais comment un mec peut écrire et chanter un truc pareil? Complètement débile, le gars! C'est l'homme qui drague et court après les filles. Ce type n'est qu'une tantouse…

Que répondre à ça? Rien! La timidité est une chose (et pas la seule) qu'un gars comme lui ne pourra jamais comprendre…

Cinq ans plus tôt, sur les pentes abruptes de la Petite Scheidegg, j'esquisse le premier geste de refus d'une timidité qui me pourrit la vie depuis trop longtemps. Je viens en aide à Marisa qui peine un peu dans l'escalade. Sa main se referme sur la mienne et je deviens le roi du monde… C'est peut-être depuis ce jour-là que le regard des femmes a une telle importance pour moi. Elle a été la première à ne pas me rejeter, à accepter ce que je lui proposais avec la peur au ventre. Si elle m'avait repoussé, ma vie n'aurait plus eu la moindre raison de se poursuivre. Plus tard et jusqu'à ce jour, mon approche des femmes a toujours suivi le même chemin. Le premier pas, en amour, c'est quelque chose de fondamental et c'est toujours un instant exceptionnel...

Dans "Les poupées russes", Klapisch nous offre un des plus beaux moments de cinéma sur ce plan-là: Xavier fait découvrir Paris à son amie Neus. Ils sont sur le bord d'une avenue, côte à côte, immobiles, attendant que le feu passe au vert pour traverser. Au ralenti, de l'arrière, le metteur en scène filme leurs mains. Neus remet de l'ordre dans sa jupe que le vent soulève. Sa main frôle celle de Xavier puis s'éloigne. La main de ce dernier revient en douceur, touche légèrement celle de Neus, son petit doigt s'entrouvre et agrippe celui de la demoiselle. Le contact se fait très lentement, très sensuellement et, point essentiel, la caméra reste fixée sur ces deux mains en train de se chercher et de se trouver. Nul besoin d'un gros plan sur le visage de ces deux êtres entre lesquels quelque chose est en train de naître! On voit, on sent, on ressent que ce qui se passe-là est le premier pas d'une histoire d'amour. C'est simple mais c'est d'une beauté et d'une justesse incroyables…

Le regard des femmes est une chose dont je suis complètement dépendant et ceci depuis quarante ans. Je me fous totalement de ce que n'importe quel homme pense de moi. Je n'ai aucun vrai ami et cela ne me manque en aucun cas. Par contre, que ce soit sur le plan professionnel, amical, amoureux ou autre, je suis très sensible à la façon dont les femmes jugent mon comportement. Me faire rejeter par l'une d'entre elles, sur quelque plan que ce soit, m'est toujours extrêmement douloureux. Si ma timidité s'est pas mal estompée, mon approche d'elles demeure toujours très lente et circonspecte. La conquête (je suis un bélier, malgré tout) doit se faire en douceur. Et, à ce titre-là, le(s) premier(s) pas est (sont) toujours essentiels(s). Même si j'en use parfois dans mes plaisanteries, le machisme est une chose que je hais fondamentalement. Si mes propos peuvent être parfois durs, voire violents, à l'encontre du comportement de certains hommes, je tente plutôt d'ignorer une femme (il y en a) qui m'exaspère…

Sous la direction de Truffaut, l'excellent Charles Denner fut un très convaincant "Homme qui aimait les Femmes". J'espère que c'est ce que l'on retiendra un jour de moi. En attendant, cette dépendance du regard des femmes est omniprésente dans ma vie. Et je souffre parfois de ne pas vraiment savoir ce que les deux êtres qui me sont le plus cher au monde, femmes tous les deux, pensent réellement de moi…
A

A
Inséré le 7 juillet 2009
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Serge Lama, parfait exemple du "has been"...

Je l'ai vu sur scène au début des années 80. Un récital parfait! Tous ses grands succès y figuraient. Lama, en ce temps-là, c'était quelque chose... Mais en le voyant et l'écoutant aujourd'hui, je me demande si le talent n'aurait pas une durée de vie limitée. En 1966, lorsque Brel cesse le tour de chant, il explique ses raisons: "Ca fait quinze ans que je fais ce métier. J'ai atteint une notoriété qui fait que sur scène, le public serait capable d'accepter de moi, n'importe quoi. Alors il faut que je m'arrête, que je fuie la tentation de l'habileté"... Quelle lucidité! Il s'est arrêté et il n'est plus jamais remonté sur scène. Serge Lama a suivi le même chemin. En l'espace d'une quinzaine d'années (1967-1981), il a écrit ses plus belles chansons. Pendant quinze ans il a tourné au rythme de 250 concerts annuels. Puis il s'est arrêté. Comme Brel avec "l'Homme de la Mancha", il a monté sa comédie musicale et "Napoléon" a connu un succès considérable. Fin de la comparaison. Après cela et un temps d'arrêt, Lama se remet à écrire des chansons. Mais le talent se serait-il envolé? Lama n'est plus Lama! Ce qu'il écrit n'a plus d'impact, c'est banal, presque futile. Lama a fait son temps...

Si Johnny dure depuis près de cinquante ans c'est parce qu'il n'a jamais rien écrit. Il a su s'entourer des bonnes personnes aux bons moments. Avec sa voix et son sens du spectacle, c'est son unique talent. Lama est un auteur. Et comme tous les auteurs, son inspiration a une durée de vie limitée. Ayant passé l'âge de la retraite, je crois qu'il devrait se mettre au vert. Sa carrière a été gigantesque. Il a écrit quelques-unes des plus belles chansons françaises et son nom est assuré de figurer, pour toujours, entre ceux de Brassens, Ferré, Barbara, Ferrat, Aznavour ou Brel, au panthéon des plus grands auteurs. Mais il s'obstine. Comment lui faire comprendre que "le temps de la rengaine" est terminé? Je peux comprendre que le besoin d'écrire soit pour lui (et pour tant d'autres) vital. Alors qu'il se mette à la littérature, qu'il écrive un livre, des nouvelles, mais qu'il cesse de s'obstiner dans un art qui n'a plus rein à lui donner. Qu'il arrête d'écrire des chansons qui ne nous apportent plus rien! Je suis dur, je sais, mais son obstination me fait mal. moi qui ai tant aimé des chansons telles que "Les glycines", "L'enfant d'un autre", La chanteuse a vingt ans", "Je suis malade", "Les ports de l'Atlantique" et, parmi mes préférées, celle-ci:
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Inséré le 6 juillet 2009
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Donna Fargo ...

Avec ses airs de petite Sheila américaine, Donna Fargo a eu son heure de gloire au début des année 70. En interprétant "The Happiest Girl in the Whole USA", cette jolie jeune fille de 27 ans s'attribuait l'un des plus grands succès (Country) commerciaux de l'année 1972. Par la suite, restant fidèle à ses racines et à son style, d'autres succès sont venus et sa carrière fut assez prolifique, ceci jusqu'à la fin des années 70. Tombant alors gravement malade, sa carrière subit un violent coup d'arrêt et, même si elle s'est remise de ses ennuis de santé, plus rien n'a été comme avant par la suite. "Daddy", qu'elle interprète ici, est pour moi la chanson de Donna Fargo que je préfère...
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Inséré le 4 juillet 2009
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Sous le signe de 1971...

En 2009, ma fille cadette a atteint l'âge que j'avais en cette année-là. Impossible de préjuger de ce que sera sa vie dans les années à venir. Avoir 17 ans, c'est insignifiant pour beaucoup. Ce qui est important c'est l'année suivante, celle des 18... Pourtant, avec le recul et l'expérience, je me rends compte que, personnellement, 1971 représente l'une des années les plus importantes de ma vie. Cette année-là, la beauté, la sensualité des femmes m'éclataient à la face comme un kaki trop mur sur le carrelage de la cuisine. Quelle baffe! Et quel émoi, ce jour-là... S'en suivit une relation tumultueuse, trop courte et la fin d'un beau rêve, aussitôt poursuivi sous les traits d'une autre... Quelques semaines extraordinaires au cours desquelles j'avais vraiment l'impression de vivre, n'ayant, jusque alors que végété... Cet intermède entre l'enfance et l'âge adulte me donnait des ailes. Sans doute aidé par le regard des filles, les premiers êtres vivants à ne pas me regarder comme un vulgaire asticot perdu dans l'arrogance et la suffisance de ceux qui prétendaient tout savoir...

1971, c'est aussi ce premier voyage, ces quelques jours de vacances en famille. La première et la dernière fois tous ensemble... C'était en septembre et, à bord de notre Volvo 144 rouge, bien avant les premières aurores, nous nous mettions en route pour Paris. De Neuchâtel, il fallait rejoindre Avallon par les nationales car l'autoroute menant à la capitale française ne débutait que là. Je me souviens que nous avions crevé un pneu, du côté de Lons-le-Saunier, et que mon père avait procédé au changement de roue alors qu'il faisait encore nuit... Un voyage de quatre jours pour découvrir Paris et ses merveilles. Nous logions dans un hôtel minable de Saint-Maurice, près du Bois de Vincennes, et prenions le métro à "Charenton-Ecoles" pour aller visiter la ville. Quatre jours extraordinaires, non seulement par la découverte de cette splendeur que constitue Paris, mais aussi pour les avoir passés tous les six, comme une famille normale que nous n'étions pas...

1971, c'était encore cette admiration profonde pour un homme qui me semblait vivre comme il convenait qu'un adulte le fasse. Je connaissais tout de lui, je savais que le chemin l'ayant porté là où il se trouvait à ce moment-là, avait été extrêmement pénible et que lui avait été, durant tant d'années de vaches maigres, un modèle de courage et de volonté. Bel exemple pour moi et première révélation que la vie n'est que rarement ce long fleuve tranquille que certains prétendent. Malheureusement, par un dimanche d'octobre de cette année-là, il s'en est allé, fauché en pleine gloire par le plus cruel des destins... Et puis, le Noël de cette année-là se fêtait avec un goût de tristesse car, pour la première fois, grand-maman n'était plus là et grand-papa avait beaucoup de peine à dissimuler son profond désarroi...

1971, Michèle, Francine, Paris, Jo Siffert, grand-père et grand-mère. Mais aussi, en Suisse et enfin, le droit de vote pour les femmes. En février, la disparition de Fernandel et, quelques mois plus tard, ma première confrontation à la mort en direct. Un camion qui, sur un passage à niveaux sans barrières, se fait happer par un tramway à pleine vitesse. Le chauffeur et son collègue sont éjectés sous mes yeux. Le premier est tué sur le coup et gît sur la route, les bras en croix. Le second passe sous les roues du poids lourd et est grièvement blessé. Le cauchemar absolu! Un gendarme qui arrive et, ayant constaté le décès du chauffeur (scène gravée en moi pour toujours), se met au garde à vous devant sa dépouille. Quelques nuits sans sommeil ont suivi et ces images, le bruit du choc, les cris du blessé qui sont toujours là...

1971, pour finir, c'est l'affirmation d'une passion pour le cinéma qui ne s'est jamais démentie. Marlène Jobert avait 28 ans et me faisait craquer dans chacun de ses films. Cette année-là, c'était avec "Les mariés de l'An II" (Rappeneau) et "La poudre d'escampette" (de Broca). Aujourd'hui, elle ne tourne plus, sa fille Eva a pris le relais, et j'aimerais bien savoir ce qu'elle retient de ces années 70 au cours desquelles elle s'est affirmée... Pour ma part, ce que je retiens de 1971 ne fait que conforter mon désarroi dans la traversée de cette époque-ci, laquelle est à mille lieues de ce que je m'imaginais ou j'étais en droit d'espérer lorsque j'avais dix-sept ans...
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Inséré le 1er juillet 2009
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