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| Automne et joie de vivre… Automne de l’année, automne de la vie. Les jours raccourcissent, les nuits de sommeil aussi. Les feuilles commencent à tomber, à joncher le sol et les cheveux se font lentement mais sûrement moins drus sur le crâne. La météo se dérègle, devient un peu folle, la prostate en fait de même. Il parait que c’est normal… L’avant-dernière saison de l’année sera bientôt suivie d'un hiver de plus. A l’automne d’une vie succédera la déchéance, la courbure du corps et le déclin de l’esprit imposées par l’âge et le temps… Mais si, à l’an nouveau, le printemps succédera à l’hiver, il n’en sera pas de même pour la vie. Pas de renouveau, point d’autre printemps. Et encore moins d’été futur. La fin des haricots sera sans lendemain ni nouvelle saison… Dans "les Invasions barbares", Rémy, atteint d’un cancer irréversible et faisant le bilan, constate combien il a aimé la vie et à quel point il sera triste de la quitter. Mais Nathalie, lucide, lui fait remarquer que c’est sa vie d’autrefois qu’il regrette, pas celle de ces temps modernes devenus complètement débiles. A ce point-là, disparaître perdra une grande partie de son importance. Comme elle a raison… Je n’en suis pas encore là mais, déjà, je me fous complètement de disparaître. Le monde est devenu fou. Absolument fou et incontrôlable! On est entré dans la débilité à un tel point que faire machine arrière devient chaque jour qui passe plus aléatoire… Au risque bien conscient de me répéter, la vie moderne, dans les villes surtout, m’horripile, me désespère! Tous ces cons (dont je fais partie) qui passent des heures et des heures dans leurs bagnoles et les bouchons qu'elles engendrent, dans les supermarchés et à leurs caisses, le font aux dépens d’une qualité de vie qui s’amenuise de jour en jours, sans qu’ils ne s’en rendent vraiment compte (ou qui refusent obstinément de le faire). L’apogée de la civilisation a eu lieu il y a quarante ans. Nous sommes désormais sur le déclin, passagers indifférents ou passifs, tous engagés dans une déchéance à forte pente, à bord d’un véhicule dépourvu de tout moyen de freinage. Le crash est devenu inévitable. Ce n’est désormais plus qu’une question d’années… Je rêve d’espace,
de terres vierges et vides de toute démographie. D’une île
au large de cet espoir minime qui, j'ignore par quel miracle, demeure
encore en moi. Je rêve d’un petit coin de terre à partager
avec celle qui voudrait encore d’un vieil ours mal léché,
d’un naufragé désespéré de la modernité
imbécile qui est la nôtre. Je rêve de faire un pied
de nez radical, gigantesque et définitif à ce monde de fous
dans lequel mes deux enfants n’ont hélas pas fini de se dépêtrer...
Et, songeant souvent à la vie qui sera la leur, j’en viens
même parfois à souhaiter disparaître rapidement pour
ne plus être là à me ronger les sangs pour elles.
Je sais, c’est lâche et je n'en suis pas fier, mais c’est
ainsi… Force m'est de constater que je fais de plus en plus des
souvenirs et des images du passé, le seul sursis à une joie
de vivre qui perd son sens jour après jour… |
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