aaPage 678
31 juillet 2006

 

29 juin 1900 - 31 juillet 1944

Il est venu au monde au dernier été d'un siècle, un jour du mois de juin dans une rue lyonnaise. Enfance paisible, bercée de jours tranquilles, baignée d'amour parmi les rires de ses frères et sœurs, choyé par une mère qu'il chérira toujours. Trop vite sevré d'un père que, cruel destin, la vie lui retira à un âge que sa mémoire d'adulte saura, malgré tout, toujours retrouver… Tel un long fleuve tranquille, dans ce beau pays de France, la vie coulait tout doucement. Au cœur d'une campagne où les paysans cultivaient la terre de la plus noble façon, avec amour et respect, il grandira sereinement, faisant siennes les valeurs de celles et ceux qui l'escortèrent jusqu'au seuil de sa vie d'homme libre…

Au moment de le devenir, il choisit de servir. Les choses de l'air étant bien vite devenues passion, il fit d'elles son métier. La discipline d'une armée puis, plus tard, la rigueur d'un homme aux commandes d'une compagnie d'aviation qui avait décidé de faire se rapprocher ses semblables… Il en fit ses propres principes et les porta au plus haut dans le ciel et dans la dignité. L'écriture, apparue très tôt dans son parcours, lui devint très vite indispensable et les récits qu'il en tira s'affirmèrent dès lors comme de véritables bijoux jalonnant son existence. Les Ailes et les Mots, unis par une plume traçant le chemin d'un homme qui ne se sentait vivre que par le ciel…

Puis la guerre survint, sournoisement. Il fit son devoir. Sans devenir héros, car ce n'est pas une chose que l'on choisit. Mais avec courage et ténacité, au plus près de sa conscience. La défaite lui fit beaucoup de peine. Il ne l'accepta jamais. Critiqué pour avoir quitté son pays, il reviendra, non pas pour se justifier, mais pour se battre. Aux commandes de son "Eclair", il fendra le ciel de part en part, se démenant comme un beau diable pour mener ses missions, se doutant bien que la mort était la plus forte et qu'elle finirait par le rattraper avant qu'il ne puisse revoir libre son beau pays de France…

Le premier de ses jours fut un jour d'été. Le dernier aussi. Cette même guerre qui lui avait laissé un goût amer quatre ans plus tôt, l'enleva un ultime jour de juillet, plongeant le monde entier dans les affres de l'incertitude. On ne le revit plus. Jamais plus. Personne ne sut jamais s'il avait aux lèvres un sourire lorsque la mort survint. Personne ne sut s'il l'avait vu venir et s'il se joua d'elle, ne fût-ce qu'un instant… Ce qui est certain, c'est qu'il ne la craignait pas et qu'en fondant sur lui, elle ne fit qu'amplifier l'aura d'un homme qui aura toujours vécu au plus près de ses rêves et de ses convictions...

Mourir à quarante-quatre ans, c'est mourir bien jeune. Mais cela n'empêche pas que l'on se souvienne et que l'on parle de lui en évoquant respectueusement "l'Ancien". Merci l'Ancien, merci Antoine de Saint-Exupéry! Merci de figurer parmi ceux qui m'ont fait comprendre que la grandeur d'un Homme ne se mesure pas à l'épaisseur d'un paragraphe le concernant dans un dictionnaire, qu'il soit encyclopédique ou de poche, mais bien plus à la dignité et au sens des valeurs que celui-ci aura su exprimer et défendre tout au long de son existence, fut-elle aussi brève que celle qui fut la vôtre…