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2 mai 2006 |
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| Marius… Dans la prison grise aux cent recoins, flottaient des odeurs indescriptibles… Des fûts traînaient un peu partout; des boîtes, des flacons et des bouteilles jonchaient les tables et le sol. Produits de nettoyages, shampooings, cires et autres fluides, crèmes ou onguents, il y en avait partout… Je devais avoir six ou sept ans et je me souviens de ces parfums odoriférants que je tentais de reconnaître… C’était dans ma ville natale et dans une ancienne prison reconvertie en usine de produits chimiques, avec des cellules et des grilles encore en place et, aux commandes de l’entreprise, mon oncle Marius… Marius également mon parrain de baptême, raison pour laquelle mon troisième prénom est le sien... Il habitait le village voisin et je passais quelques jours en sa compagnie et celle de sa femme, tante Germaine, cependant que mes parents arpentaient l’Italie sur la route des vacances. Je n’aimais pas trop leur appartement dans lequel je me sentais comme un étranger. Ils n’avaient pas d’enfants et je m’ennuyais dès le retour de l’usine. Je ne me sentais bien que dans celle-ci. Je me souviens en avoir exploré tous les recoins, avoir ouvert toutes les boîtes et les flacons, humant les produits qu’ils contenaient et admirant leur onctuosité et leurs teintes superbes… Les cellules, les fenêtres grillagées et les lourdes portes métalliques m’intriguaient au plus haut point. Je tentais d’imaginer les prisonniers jadis retenus ici et je craignais les coins les plus sombres, imaginant que l’un d’entre eux allait surgir du noir et me flanquer la frousse de ma vie. Endroits remplis de mystère, désaffectés depuis quelques années, je ne me rendais alors pas vraiment compte combien il était bizarre que mon oncle ait choisi cet endroit pour y créer les produits nés de son imagination très fertile. Mais je crois que son entreprise marchait très bien et qu’il louait ces locaux dans l’attente d’une nouvelle usine… Oncle Marius… Frère aîné de ma mère, je me souviens parfaitement de lui, de son regard parfois sévère et de sa façon très personnelle de remonter son pantalon suspendu à ses fameuses bretelles. Epicurien, autodidacte, bon vivant, doué en tout, il vouait aux voitures américaines un culte sincère et au vin une véritable passion. Sa cave était une vraie splendeur ! Mais il n’a, hélas, pas pu en profiter bien longtemps. Ils nous a quittés bien avant d’être devenu vieux, emporté un soir d’automne, après une courte maladie, il y a près de vingt ans déjà… Dans ma mémoire, je garderai toujours l’image triste de cette après-midi maussade où on l’a mis en terre… Plus tard, en goûtant l’une des bouteilles de sa cave, j’ai mesuré combien cet homme, qui était de ma famille mais que je connaissais si mal, avait du goût. Cela ne m’a donné que plus de regrets de ne l’avoir pas dégustée en sa compagnie et de n’avoir pas su ou osé faire un pas à sa rencontre... Il m’aurait initié aux Grands Vins, à l’œnologie, à la dégustation. Et dieu que j’aurais aimé cela… Salut parrain! On parlera de tout cela dans quelques années. Et ce jour-là, je saurais faire le pas que tu aurais mérité que, de ton vivant, je fasse dans ta direction… |
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