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28 février 2006


 

Nashville et l'image de l'Amérique...

Après quelques jours et épisodes consacrés, sur ce site, aux Etats-Unis, j’éprouve le besoin de parler à cœur ouvert de ce pays que j’ai visité huit fois entre 1979 et 1990…

Mai 1981. Mitterrand est élu président de la République Française. Nouvelle captée sur un autoradio, entre Phoenix et le Grand Canyon… Choc de l’année pour beaucoup. Pas pour moi. La baffe, je vais la prendre quelques jours plus tard, bien plus à l’est… A Nashville, dans le Tennessee. Capitale de la Country Music la ville n’a rien d’exceptionnel. Si ce n’est cette culture musicale qui éclate à chaque coin de rue… Je débarque de New Orleans, capitale du jazz. Une ville sale (grève des éboueurs) pour une musique qui ne me branche pas du tout. Je n’y reste qu’un après-midi. Ma musique à moi c’est celle de Nashville…

J'y débarque donc un vendredi en fin de matinée. Sans réservation d’hôtel. J’ignore que, entre vendredi et dimanche, chaque semaine, c’est la galère pour s’héberger. Car, ce sont les soirées du Grand Ole Opry. Grand Ole Opry ? C’est l’Olympia français en dix fois plus important. Concerts retransmis en direct sur les chaînes TV et radio dans tout le pays. Un must… Moi, je débarque, errant sur Music Row, cherchant sans succès un hôtel pour y passer la nuit. Tout est complet. Je commence à éprouver une certaine anxiété…

Tiens, un poste de police ! Je m’y engouffre. Euh… j’ai dû me tromper… Sur un pan de mur intérieur, des dizaines et des dizaines de 45 tours sont suspendus à des tiges métalliques spécialement prévues à cet effet. Incrédule, j’interroge l’homme en uniforme présent dans le local. Je suis bien là où je ne pense pas être… J’expose mon problème dans le mauvais anglais qui était alors le mien (depuis, il a un peu progressé…). Le gendarme m’écoute patiemment et me fait entrer dans le bureau voisin. Le chef de poste me reçoit. Je repose le problème : je suis un fan de country music, je débarque à l’improviste, je n’ai pas d’hôtel réservé et je précise que je lui serais infiniment reconnaissant s’il pouvait m’indiquer quelques adresses où j’aurais la chance de trouver une chambre pour la nuit. Et les deux suivantes, car j’ai prévu de passer trois jours ici…

Le chef se saisit du téléphone et appelle un numéro qui, me confie-t-il, est celui d’un de ses amis. Trois minutes plus tard, j’ai mon adresse. Mais bon, c’est pas tout près et je suis à pied. Je lui demande s’il peut m’appeler un taxi. Il se lève, coiffe sa casquette et m’invite à le suivre. En passant devant "la salle des 45 tours", il en décroche une bonne dizaine et m’en fait cadeau. Je n’en reviens pas. Les yeux pétillants, il m’en offre un dernier en précisant que celui-là est un peu spécial car c’est sa propre fille qui l’a enregistré. Il précise qu’il marche du tonnerre et qu’il se sent très fier de sa "little girl"… Moi, je suis sur le c…

On sort du poste et il m’invite à m’installer à ses côtés dans la voiture noir et blanc, bardée de feux multicolores. Je proteste et lui dit qu’un taxi fera très bien l’affaire. Taratata… Une dizaine de minutes de voiture et on débarque dans un motel que je n’aurais jamais trouvé tout seul. L’ami à qui il a téléphoné est en fait une amie. Femme absolument charmante qui me souhaite la bienvenue dans le home of the country music. Le shérif parle quelques instants avec elle. Un dialogue dont je peine à saisir le sens. En raison de mes lacunes en anglais d’une part et, d’autre part, parce que l’accent du Tennessee est sans doute le pire de tous les Etats d’Amérique…

Après quelques minutes et un coup de téléphone donné par l’hôtelière, la discussion semble se terminer et le policier m’annonce que, ce soir, je vais assister au spectacle du Grand Ole Opry… Incrédule, je demande comment cela est possible. La dame m’explique alors qu’il y a, dans son hôtel, un groupe de country fans venu spécialement du Michigan pour assister au concert. Elle a parlé au responsable, il a un billet pour moi et une place disponible dans son bus pour m’y rendre. Je n’en reviens pas… Je reste complètement abasourdi, ému jusqu'aux larmes par tant de gentillesse…

Voilà. Je m'arrête ici car cet épisode représente ce que je ressens de meilleur pour cette Amérique que j'ai adorée. Cette histoire, s'il devait n'en rester qu'une concernant ce pays, serait celle que je garderais dans ma mémoire et dans mon coeur. A l'heure actuelle, dans les errements qui sont ceux de ses dirigeants, cette nation m'est devenu insupportable et je ne me suis pas gêné, sur ce site, pour le proclamer haut et fort et plus d'une fois… J'espère sincèrement qu'avec un nouveau président ou une première présidente (ce que je souhaite de tout cœur), il saura retrouver la voie de la raison et me donner ainsi l'envie de retourner sur des terres qui, pendant les onze années de mes voyages là-bas, m'ont fait rêver comme rarement…

Ah, oui… Le concert au Grand Ole Opry fut mémorable et j'y suis retourné cinq fois dans les huit années qui ont suivi…