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30 janvier 2006


Cinq ans de plus...

C’était en 2001… Après l’absence, le retour, les retrouvailles. Sevré de ses fillettes depuis trois mois, leur père les retrouvait pour quelques jours à passer ensemble, dans le sud de la France… On était partis tous les trois, par un début d’après-midi ensoleillé, direction le Pont du Gard. Cinq heures de route, à bord d’une voiture dans laquelle elles trouvaient le temps long. Que l'on aille à cent ou à cinq cents kilomètres, c’était toujours trop loin… On avait passé au large d’un village où résidait celle qui venait d’entrer dans ma vie, de la façon la plus inattendue qui soit. En scrutant la lisière de la forêt, je n’avais pas réussi à distinguer le toit de sa maison. Et mon cœur saignait en s’éloignant d’elle…

Première étape, Collias, entre Avignon et Uzès. Superbe petit bourg, magnifique hôtel, très pittoresque. Grande chambre, trois lits, salle de bains et toilettes en mezzanine. Les toilettes, si je vous en parle, c’est en raison des heures douloureuses que la petite y a passé. Gastro-entérite dès le premier soir et le pauvre bout de chou qui souffre la moitié de la nuit, à genoux devant la cuvette en me lançant des regards désespérés… J’en ai encore le cœur serré en y repensant. J'essaie de la consoler comme je peux... Le lendemain matin, son teint de plâtre nous fait rechercher un médecin. On le trouve et les médicaments prescrits font lentement leur effet… Allez, cette fois les vacances sont parties !...

Tu parles !... La seconde nuit, c’est au tour de la grande de squatter les cabinets. Bon, ça dure moins longtemps et c’est moins violent que chez sa sœur. Mais quand même, je me dis que la troisième nuit, y’a pas vraiment pas de raison que je sois épargné… Et bien non, je le suis ! Les vacances sont vraiment lancées… Après le Pont du Gard et Uzès, on descend un peu plus au sud. A Maussane-les-Alpilles, toute proche des Baux-de-Provence…

J’adore cette région ! La plaine, au pied des Baux, est absolument magnifique. Vignes, oliveraies et cyprès se succèdent dans des paysages enchanteurs. Le temps est superbe. Ca sent bon le raisin, l'huile d'olive et la résine, alors que les cigales chantent le bonheur unique de ce merveilleux coin de sud. Nous sommes à fin octobre et les températures sont encore très douces. Mes filles apprécient et l’escalade des remparts de la cité médiévale les ravit. En grimpant, en courant dans tous les sens et en s’amusant follement, elles n’ont certainement pas la moindre idée du bonheur qu’elles déposent dans le cœur de leur père qui se délecte de ces heures dont il ne sait pas encore qu’elles deviendront de plus en plus rares…

Deux jours de plus passés à une vitesse incroyable et on change une dernière fois d’endroit. Direction la Camargue et le pays de ces chevaux qu’elles aiment tant… On loge à Port-Camargue, on visite Aigues-Mortes et les Saintes-Maries-de-la-Mer. On s’arrête quelques heures au parc ornithologique de Pont de Gau, admirant les flamants roses, les hérons cendrés et autres aigrettes garzettes. Le temps passe doucement, tendrement, mais beaucoup trop vite ! La semaine est déjà terminée et il faut songer à regagner l'Helvétie. Remonter le Rhône est, pour moi, sans doute plus pénible que pour un saumon regagner la source de la rivière qui l'a vu naître… Et si le poisson est épuisé en touchant au but, je suis effondré en déposant mes filles chez leur mère. Les vacances sont finies et le retour chez moi sera digne des plus durs calvaires…

J'y suis retourné, dans cette région du sud de la France. J'ai passé aux mêmes endroits. Ou presque… Le temps était frais mais magnifique. C'était la semaine dernière… Mais cette fois-ci j'étais seul. Et en revoyant ces lieux vieillis d'à peine cinq années, je me suis souvenu de tout cela, de ces instants merveilleux, passés en compagnie des deux biens les plus précieux de mon existence, mais aussi de leur maux des premiers jours. Et je me suis senti vieux, plein de souvenirs trop indélébiles, tâchant d'oublier les mauvais pour ne plus garder que les meilleurs et ne vivant plus désormais que pour le bonheur qu'ils me procurent de façon éphémère. Je me suis senti désabusé, largué, dépassé... Je me suis senti comme un type qui a tout faux et dont la fibre paternelle ne cesse de vibrer, paraissant même grandir chaque jour davantage alors que celles pour qui il vit ne se préoccupent plus beaucoup de lui…

Et pour un instant, je me suis surpris à presque comprendre ceux qui (j'en connais quelques-uns) ont toujours eu peur de fonder une famille...