Texte et/ou photo du jour - Page 421 - du 2 août 2005


Je suis d'un pays...

Je suis de la mer comme on est d’un pays ! Pourtant, je suis né bien loin d’elle. Quatre cents kilomètres, au cœur d’un pays de neige et de brouillard où les lacs se sont substitués à elle sans jamais la remplacer. Mais la distance compte bien peu lorsque l’on aime et, dans son cas, la rejoindre ne fut jamais triste contrainte... Elle a bercé mes rêves, de touts temps et depuis notre première rencontre en 1967, jusqu’à ce jour où elle ne cesse de prendre de l’ampleur dans mes songes. Qu’elle soit du Nord ou du Sud, qu’on la qualifie de marine ou d'océane, cela n’importe pas. Elle est source de vie et occupe dans mon cœur une place qui jamais ne saurait être remise en cause…

Sur les falaises d’un Cap joliment nommé Canaille, on a l’impression de la dominer. Mais par l’altitude seulement. Vers l’ouest, là où les îles marseillaises, Riou la première et la plus belle, plongent dans la nuit chaque soir avec une telle majesté, elle s’étend à l’infini, déroulant sa robe scintillante. Les éclats de ses vagues, milliards de traits follets de lumière, reflètent, chacun à sa propre manière, les derniers rayons d’une lumière qui la rend si merveilleuse. Particulièrement à ces heures-là, quand le soleil semble prendre un plaisir chaque soir renouvelé, à se fondre dans ses bras, dans les draps invisibles de son lit profond et accueillant…

Plus au nord, au large de Penmarc'h et Saint-Guénolé, en pays bigouden, là où les landes bretonnes du Sud-Finistère semblent pointer leur index vers l'Amérique, elle se donne des airs parfois plus sévères. Imposant, le phare d'Eckmühl paraît bouger sous le ciel mouvant que figure la course des nuages. Le gris menaçant de la nue, au loin, se fond dans celui de l'océan, tous deux ne font plus qu'un et la tempête qui s'annonce n'est rien d'autre que le fruit de leur union. A la Pointe de Penmarc'h, les jours de très gros temps, la mer impose le respect… Plus au nord et plus à l'est, en pays normand, elle devient touchante et la contempler le soir, au moment du congé que prend le soleil, à l'endroit même où la Seine se fond en elle, est un spectacle unique par l'émotion qu'il diffuse…

Je suis amoureux de la mer comme on l’est d’une femme. La mer m’attire, irrésistible sirène au chant de laquelle je n’ai jamais su résister. Mais nul besoin de fards ni de ni de faux atours pour me séduire, contrairement à la seconde, ou du moins à quelques-unes de celles qui m’ont fait succomber… La mer ne triche pas! Elle n’offre que ce qu’elle a de meilleur et ne trompe personne par de faux arguments. Et si, parfois, elle est si dure avec le marin, c’est que lui n’a pas su se montrer digne de la mériter… Car la mer n’est pas méchante. Agressive, quelquefois, et c’est souvent là qu’elle est la plus belle et la plus attirante. Comme la femme, finalement…

La mer me fascine et plus le temps passe, plus j’éprouve le besoin de me rapprocher d’elle. L’âge aidant, son appel se fait plus précis, plus lancinant… Je sais déjà que je finirai ma vie pas très loin d’elle, à quelques encablures de l’un de ses rivages enchanteurs. En Bretagne, Normandie ou Provence, peu importe, mais dans un coin où mes vieilles jambes n’auront pas trop à se fatiguer pour la rejoindre. Et je me prends à rêver que, lorsque le moment sera venu, mes yeux gardent pour dernière image de vie, quelques-uns de ses rouleaux et flots bleus qui l’ont faite si belle à mes yeux et rendue si chère à mon cœur…