Texte
et/ou photo du jour - Page 229 -
du 2 décembre 2004 |
|
Un cornet de pop-corn... On ne se doute pas toujours, en allant au cinéma, que le spectacle peut être parfois plus émouvant dans le hall d'entrée que dans la salle elle-même… La file d'attente était très courte. Je me trouvais juste derrière une dame, assez âgée, accompagnée d'une enfant de sept ou huit ans qui, je pense, devait être sa petite fille. Tickets de cinéma en main, on patientait devant le comptoir des pop-corn et autres friandises à grignoter devant la toile… La petite demoiselle semblait très timide et guettait le cornet que la dame allait lui offrir avec un éclat merveilleux dans le fond de ses yeux… Pendant quelques secondes, il passa dans son regard cette pluie d'étoiles que seule l'enfance peut engendrer. L'expression unique, à cet âge-là, où se révèle au spectateur ému que j'étais ce jour-là, toute la sensibilité exprimant l'envie, l'anxiété, le doute, l'enchantement quant à ce que la grand-mère allait offrir, à ce que la petite allait recevoir. Appuyée contre le comptoir, mains jointes qu'elle tordait dans tous les sens, regard qui interroge, s'étonne, s'émerveille, allant de la dame au serveur et à ce qu'il lui préparait, bouche qui timidement sourit, s'ouvre et se referme, comme pour demander quelque chose qu'elle n'osait pas vraiment… Ca a duré quarante secondes, pas plus. Mais pendant ce court laps de temps, j'ai eu l'impression que tout l'émerveillement, la belle expression d'un âge de douceur et de tendresse, que tout le monde a connu ou connaîtra un jour, s'exprimait ici dans un de ses effets parmi les plus émouvants… Une sensation unique qu'aucun adulte, jamais et beaucoup plus tard, ne réussit plus à exprimer dans le regard qu'il porte sur les choses de la vie qui s'estompe, esquivant à ses yeux ayant tout perdu de leur candeur initiale, l'ouverture aux petits riens essentiels d'une existence qui le bouffe à grands coups de dents acérées… Bouleversante de vérité, cette petite icône juvénile de l'innocence et de ce qui devrait être la plus belle de toutes les époques de nos vies, je la regardais ainsi, touché et pensant à mes propres filles… Me demandant, et l'espérant ardemment, si de leur enfance chahutée et qui s'estompe chaque jour davantage, elles sauraient garder le souvenir de quelque petit bonheur que leur père leur aurait un jour offert… Un cornet de pop-corn, c'est pas grand-chose… Mais s'il fait partie, plus tard, d'un doux et réconfortant souvenir de l'enfance, c'est un bien inestimable. Parfois plus encore pour celui qui l'a offert et qui a su saisir la joie intense qu'il provoquait dans le regard ému de l'enfant qui l'a reçu… |