Texte
et/ou photo du jour - Page 213 -
du 1er novembre 2004 |
| Descente en enfer... J'entre en novembre comme on entre dans un tunnel, c'est à dire avec l'impatience d'en voir rapidement le bout. Mais là, il y a quatre trous noirs au moins qui vont se succéder... Cent vingt jours de tristesse, de pluie, de neige, de brouillard, de stratus bas, de nuits qui tombent à cinq heures de l'après-midi... Plus le temps passe et plus je hais cette saison sous nos latitudes. Je n'aime que le soleil. Le froid je m'en fous! Mais le soleil... Je hais novembre et les trois mois qui le suivent! Ne rien attendre de ces si longues périodes, à mon âge, c'est de moins en moins facile. J'en viens presque à espérer que la retraite arrive le plus vite possible. Pour suivre les oiseaux dans leurs migrations. Le sud! Le soleil!... Le sud a inventé la samba, danse solaire qu'on pratique à moitié nu. Le nord a inventé la valse, danse lunaire qu'on pratique dans des salons, en robe longue et redingote. Je fais partie des seconds mais je me sens tellement plus proche des premiers... Je me penche à ma fenêtre et j'aperçois le ciel. Bas comme si les nuages étaient de plomb. Les arbres, certes encore jaunes, dans la grisaille paraissent d'une tristesse infinie. Un coup de vent violent arrachera leurs dernières parcelles de vie et, alors, les bras nus et frissonnant de toutes leurs branches, il plongeront dans un hiver qui les ride chaque année davantage... Je suis un vieil arbre plein de rides intérieures et le rictus qui orne le faîte de mon tronc, est le signe que je pénètre pour quatre mois dans l'enfer annuel de ma vie... |