Texte et/ou photo du jour - Page 139 - du 4 juin 2004


Pèlerin dans un champ de coquelicots... (A l'occasion du meeting de la Ferté-Alais)

Le pèlerin a repris son bâton et s'est mis en chemin. Toujours le même, celui qui conduit au Temple de l'Aviation historique de France. Septième voyage en l'espace de dix ans. La route est longue, il l'a connaît par cœur. Cinq heures de voyage pour parvenir dans un petit coin de France qu'il adore. Surtout en cette saison qui imprègne l'atmosphère de senteurs printanières, d'herbe fauchée, rassemblée en hauts rouleaux qui fleurent bon le foin séchant avec lenteur. Les champs de colza se font plus rares et quelques coquelicots, si chers à Mouloudji, percent la verdeur des champs qui sommeillent sous l'ardente chape de soleil. Milly-la-Forêt, Barbizon, Danemois, synonymes de Cocteau, Corot et Claude François… Trois villages très proches les uns des autres, trois destins réunis dans une superbe région. Il approche de son but et son cœur bat plus fort. Chaque fois, il ne peut empêcher les souvenirs des voyages passés de remonter dans sa mémoire… Que de temps écoulé, que d'événements survenus dans sa vie, que de rides accrochées à son front depuis le premier pèlerinage… Mais l'excitation de toucher au but est toujours la même.

Le village apparaît soudain! Accroché à la pente qu'il faut dévaler pour remonter de l'autre côté. Le plateau est une grande surface boisée au milieu de laquelle un champ, planté là comme par magie, vit sa vocation toute entière tournée vers l'aviation et le temps des hélices. C'est là qu'il se rend. C'est ici qu'il a rendez-vous. Après avoir déposé son bagage à l'hôtel, après s'être légèrement restauré, il reviendra au coucher du soleil. La première journée du spectacle aérien est terminée et le silence a envahi le plateau. Dans les lueurs encore chaudes du crépuscule, les herbes paraissent toujours frémir sous la caresse pas pleinement évanouie de l'air brassé par les hélices. Les ombres s'allongent et étalent leur sombres silhouettes vers les confins imprécis de la prairie. Le silence en devient assourdissant tant il règne et pèse sur la clairière. Les arbres agitent leur feuillage, comme pour tenter de faire disparaître les fines particules de fumée, d'huile et d'essence répandues durant le show. Puis, le soleil passe avec lenteur de l'autre côté du bois. Le champ d'aviation perd de son éclat et l'air devient soudain plus frais. Il est temps de laisser se reposer ce petit monde qui l'a bien mérité. Le pèlerin reste là quelques instants, le cœur et l'âme en paix, cependant que la nuit prend doucement possession du champ des hélices. Il reviendra demain, seconde journée du show. Le septième pèlerinage est bien entamé et l'excitation n'est pas moindre que lors du tout premier. C'était il y a dix ans - dieu que le temps passe – et, à part lui, rien n'a vraiment changé…

Je lève mon chapeau à tous ceux qui contribuent ainsi à entretenir le souvenir et spécialement à ces nombreux anonymes qui vivent leur passion dans l'ombre la plus totale. Merci également à tous les pilotes, eux dans la lumière mais jamais avares d'un petit signe de la main que le public sait toujours apprécier à sa juste valeur… Chacun de vous, Mesdames et Messieurs, êtes un petit coquelicot pourpre qui agrémente ce long champ d'herbage ou l'on célèbre encore et toujours – charme désuet? qu'importe! - le culte sacré des moteurs à hélices…