Texte
et/ou photo du jour - Page 137 -
du 7 mai 2004 |
Mon terrain au bord de l'abandon... Ecrin de verdure parsemé de millions de pissenlits formant un tapis d'or, c'est là que je me suis initié au pilotage. C'était en 1987, sur les Piper L4 (ou J3) HB-OXD et HB-OXZ, achetés au surplus américain à Naples à la fin de la guerre. C'est là, sur la gauche de la piste, que je suis allé faucher les marguerites lors d'une remise trop brutale de gaz consécutive à un posé-décollé... Là que j'ai effectué mon premier vol seul, six minutes d'intense jubilation, là toujours que je me suis enivré sans retenue des plaisirs de la glissade… Avec nostalgie, je suis revenu par ici m'imprégner du temps jadis. Malgré une brève éclaircie juste propice à tirer quelques clichés, le temps n'était pas beau et les Piper sont restés cloués dans le hangar. Aucun signe de vie sur ce terrain, sauf dans le restaurant contigu… Cette place d'aviation est condamnée. Elle va disparaître très prochainement. Au profit d'un nouvel aérodrome avec piste en dur, situé deux kilomètres plus au sud. Le petit village de Courtedoux, calme sous les rayons d'un soleil furtif, domine la place et la bande herbeuse. Survolés des millions de fois par les avions en courte finale lorsque la piste 07 était en service, peu de ses habitants se plaindront du silence qui désormais va les recouvrir. Ils laisseront à d'autres des nuisances qui pour moi n'en sont pas et qui, après tant et tant d'années, finiront peut-être par leur manquer un peu, du moins aux nostalgiques qui me ressemblent. Ils doit bien en rester quelques-uns, j'espère… Dans le lointain, Porrentruy et la tour de son château paraissent sommeiller. C'est là que je suis né. Dans la maternité de l'hôpital posé sur les hauteurs, en lisière de forêt, sur la gauche, mais invisible sur la photo. Les Piper, dans leur voltes, ne passaient pas très loin, moteur au ralenti, en base et début de finale lorsque la piste 25 était en fonction. C'est encore dans cet hôpital qu'est née ma passion pour tout ce qui vole, alors que j'étais soigné pour une jaunisse sévère lorsque j'avais neuf ans… Le terrain va fermer. Un autre va s'ouvrir. Le passé s'estompe, place à l'avenir. Une nouveau rayon de soleil inonde la plaine, histoire de m'émouvoir plus encore… Tout près de moi, sur un petit monticule de verdure, un pinson est venu soudain se poser. Pas craintif du tout, certainement en raison de mon immobilité à contempler "la plaine des J3" dans ses derniers mois d'existence. Dans un mouvement très lent, j'ai épaulé et, retenant mon souffle, à défaut de Piper, j'ai immortalisé ce superbe petit volatile au plumage resplendissant de lumière. Il a semblé me fixer un instant, puis s'est envolé, ses ailes battant, d'un rythme effréné, les airs frisquets de cette fin d'après-midi. Je l'ai regardé filer, le cœur serré; il a disparu dans la plaine, au dessus du terrain, là où désormais il sillonnera le ciel, sevré du contact de ses frères aux ailes de toile et de fer… |