Texte
et/ou photo du jour - Page 135 -
du 24 avril 2004 |
Spleen... Samedi 24 avril 2004. Belle journée, ensoleillée mais fraîche en raison d'une petite brise soufflant de l'est. Le soleil, lentement descend sur les monts brumeux du Jura. Quelques taches neigeuses parsèment encore les sommets, mais sous l'éclat de lumière elles se marient dans le gris laiteux de l'ensemble. Les arbres, parés de leurs feuilles nouvelles et si fragiles, agitent leurs cimes sans ordre apparent. Alors que tant d'autres profitent de leur congé, j'assume la tâche qui est la mienne. Dans la vitre du bâtiment d'en face, déserté pour le week-end, l'astre se reflète et me jette à la face tout l'éclat de ses derniers rayons du jour… Sur la terrasse, le vent me décoiffe et fait frissonner ma peau. L'heure est belle et je fais le plein de ce sentiment que je connais si bien... Quelques avions, perdus sur cette surface qui leur est dédiée, forment une chaîne irréelle dans le jour agonisant, patientant pour prendre leur envol, tous inondés de lumière et ressemblant à une lente file d'éléphants gagnant le point d'eau dans lequel ils pourront se rafraîchir… La boule de feu passe derrière la montagne. Dans un dernier jet de lumière, elle éclaire violemment un appareil en finale, mais bien avant que ce dernier ne touche le sol, le rayon l'aura lâché pour se fixer sur les Alpes enneigées qui lui font face. Le Mont-Blanc vire à l'orangé, les Aravis se parent de rose et la fin du jour donne à ce panorama une majesté sans égale. Quelques nuages d'altitude s'embrasent avec lenteur et le ciel tout entier prend les teintes douces et tièdes du pastel. Le hurlement d'un Jet m'arrache à ma torpeur. Le liner crache toute sa puissance et, de ses moteurs rugissants, s'échappe une onde de chaleur qui rend flou tout le paysage alentour. L'avion prend son essor, son ventre engloutit ses trois jambes et il grimpe pour attraper un dernier rayon de soleil. Bien vite il est mangé par l'immensité du ciel qui recrachera sa proie des centaines de kilomètres plus au sud… Le jour est à l'agonie et mes illusions prennent le même chemin. Tout, autour de moi, s'habille de grisaille. La brise s'est calmée et les arbres demeurent immobiles dans la fraîcheur et l'uniformité de ce tableau. Le temps se fige. J'ai froid. Je rentre dans mon bureau et ferme la fenêtre derrière moi, tout effrayé que mon labeur n'en finisse pas avant minuit… Appuyé aux carreaux déjà refroidis, je reste songeur, mais juste quelques secondes… Encore une journée passée à courir après le temps. Des heures à tenter de le rattraper sans jamais y parvenir. Les jours défilent, passent, s'en vont l'un après l'autre et ne reviendront plus. Je prends des rides, de l'âge, de la bouteille et quelques milliers de cheveux gris. Mais mon cœur est comme au premier jour où il s'est ouvert à la beauté des êtres et des choses. Rempli jusqu'à ras bord d'émotion, d'humilité, vibrant comme l'archet sur les cordes du violon, parfaitement insatisfait de la vie qui fut la nôtre mais en réclamant chaque jour d'avantage... Spleen, ô spleen, pourquoi me prends-tu l'âme et le coeur ainsi chaque soir?… |