Texte
et/ou photo du jour - Page 133 -
du 14 avril 2004 |
Escapade au pays de Don Quichote... 19 août 1996. J'arrive à l'avion en compagnie de l'équipage. Les pilotes s'installent, je reste dehors, au soleil, en attendant que les passagers aient embarqué. J'effectue en ce jour un vol d'initiation dans le cadre de ma fonction d'agent d'opération AIS à l'aéroport de Genève-Cointrin. Le vol doit nous mener en Espagne, à Alicante, et retour. Je suis enchanté du programme et très excité à l'idée d'effectuer ce vol dans le cockpit du "Jumbolino" de Crossair. L'embarquement est terminé. Je monte à bord et m'installe sur le jump-seat. Bouclement du harnais et petit briefing sécurité. Le commandant m'indique la façon de procéder pour quitter l'appareil en cas de gros pépin: je dois attendre que tous les passagers aient évacué, alors seulement je sors par la porte du cockpit. Le Bae-146 est équipé de deux cordes, une de chaque côté du poste de pilotage. En ouvrant les vitres latérales et en se servant des cordes, les pilotes sortiront par là… Bon, j'espère qu'on en arrivera pas à cette éventualité… Mise en route des moteurs. Roulage et décollage, le commandant est aux manœuvres, le copi à la radio. On monte au 290, cap au 210. Le temps est légèrement nuageux et quelques turbulences secouent quelque peu l'appareil… Alicante est à une heure quarante-cinq de vol. La croisière est fluide, malgré une panne du pilote automatique survenue à la verticale de Marseille. Nous survolons les Baléares et approchons de la côte espagnole. On commence à distinguer la ville d'Alicante alors que l'appareil a déjà bien entamé sa descente. Nous sommes en milieu d'après-midi et le trafic est quasiment nul. Le commandant demande une approche visuelle. Accordée. Nous survolons le terrain et passons en vent arrière, comme un simple monomoteur à hélice. Virage en base, puis en finale, forte inclinaison du quadriréacteur, le nez semblant plonger vers le sol… Génial! J'aperçois la piste au loin. La sensation de plongée est impressionnante sur cet appareil. Ce n'est qu'au tout dernier moment que le pilote relève un peu le nez de son avion pour prendre contact avec le sol. Atterrissage parfait, freinage et taxiway pour le parking. Les passagers débarquent et je sors à mon tour. La chaleur est incroyable! 42 degrés à l'ombre, mais une brise assez soutenue nous aide à la supporter. Je reste sur le tarmac, au pied de l'appareil, à discuter avec le copilote qui me parle avec passion de son métier… Au loin, à côté d'un hangar de l'aéroport, j'aperçois un vieux DC-3 en assez piteux état. Pas le temps d'aller le voir de plus près, dommage… Déjà les passagers du vol retour sont à l'embarquement. Je monte le dernier, on ferme les portes et le "Jumbolino" roule vers le point d'attente. Inversion des rôles, le copi est aux manœuvres, le commandant à la voice… Décollage et franche montée. Le pilote automatique a pu être réinitialisé et fonctionne parfaitement. La route du retour sera différente. Nous survolerons le pays, les Pyrénées et le sud-ouest de la France… En quittant Alicante, le soleil est encore haut sur l'horizon. On l'aperçoit une dernière fois, éclairant la plaine aride, avant de lui tourner le dos jusqu'à l'arrivée à Genève. Le vol de retour est calme. Je savoure ces moments de croisière en songeant à cette terre magnifique et chaleureuse que nous survolons et dont je connais si peu de choses. Je ne sais pas encore qu'elle entrera dans ma vie, quelques années plus tard et de la plus belle des façons. Mais ceci est une autre histoire… L'Espagne défile sous nos ailes et elle a placé sur les bords de notre route de nombreux alto cumulus qui semblent nous servir d'escorte. Nous croisons à Mach 0,75 le long de ces barrières qui moutonnent et apercevons dans le lointain les neiges éternelles de la chaîne des Pyrénées. Au-dessus d'elle, le bourgeonnement est impressionnant. L'orage doit faire de gros ravages par dessous… Le ciel de France est moins encombré. Quelques cirrus effilés agrémentent le bleu du ciel et, en dessous, la brume voile les reliefs du terrain. Au loin, on commence à distinguer la naissance de la chaîne du Jura. Le radar météo signale quelques CB menaçants à la hauteur de Genève. Heureusement, ils sont assez isolés. Nous suivons une route parallèle au Jura, à peu près à la hauteur de ses cimes. Le spectacle est magnifique! Le bleu-vert sombre des sapins contraste avec le gris-blanc des épais nuages qui les surplombent. Nous sommes à la base de la lourde couverture nuageuse, semblant suivre un couloir créé tout exprès pour nous. Toujours en descente, nous virons de 180 degrés à droite pour intercepter l'ILS de la 23. 7'000 pieds, "fully established"… La piste est pleinement visible, sillon lumineux se découpant dans l'ombre recouvrant le terrain. Finale onctueuse et parfait kiss landing du copilote, salué comme il se doit par le capitaine. Freinage, taxiway et parking. Je défais mon harnais et, attendant que les passagers aient quitté la cabine, je remercie l'équipage de m'avoir offert quelques si jolis moments à bord de son vaisseau des airs. Quittant l'appareil en scrutant le ciel et l'orage qui se rapproche, je me dis que la magie du vol, une fois encore, a parfaitement opéré. Je suis heureux et je me sens merveilleusement bien…
pero
aquéllas que el vuelo refrenaban (Les
sombres hirondelles reviendront mais
celles-là qui ralentissaient leur vol Gustavo. A Bécquer (in Rimas) |