Texte
et/ou photo du jour - Page 132 -
du 31 mars 2004 |
| Sur l'aile de mes rêves... Sur l'aile de mes rêves, j'ai fait mes plus beaux voyages. Ils m'ont emporté dans des pays lointains et inconnus, m'ont bercé dans la douceur d'un émoi profond, seul dans le ciel et tentant par le vol de percer les mystères de la nuit. Sur les ailes du sommeil j'ai voyagé souvent, me perdant parfois mais finissant toujours par retrouver mon nid… Des heures toutes entières à planer dans les airs, à peupler mon désert de millions de sourires, de faces éclairées d'enfants admirant mon vol et mes envols, tous émus plus encore dans le fond secret de leur cœur qu'à la surface visible de leurs pupilles. Sur les ailes de la nuit, je suis devenu aigle, condor, flamant rose, goéland ou papillon; j'ai survolé montagnes et pics vertigineux, lac gelés et neiges éternelles, plaines arides et savanes vallonnées, mers apaisées et océans déchaînés, prairies embaumées ou vastes champs fleuris. Sur les ailes du songe, au cœur d'une nuit sans lune, j'ai contemplé les étoiles, me suis lancé à leur poursuite, l'oeil scintillant d'un éclat de lumière; dans le ciel immense, elles m'ont échappé, je n'ai laissé dans le firmament qu'une trace, le sillon lumineux, fugace et insaisissable d'une étoile filante… Sur l'aile de mes rêves, inerte pantin assis sur le bord douillet d'un nuage, j'ai plongé dans les airs sans armes ni bagages, équipé de mes seuls bras nus battant la cadence de l'homme tombant dans un précipice en cherchant son équilibre. Tous mes atterrissages se sont déroulés en douceur, contrastant avec la chute un peu folle dans les profonds abîmes au bout desquels j'aurais dû m'écraser. Sur les ailes agitées de mon corps assoupi, j'ai suivi le cours harmonieux des rivières, survolé des torrents assourdissants, remonté de hautes cascades qui tentaient de me noyer sous la masse glacée de leurs flots désordonnés. Par un tiède après-midi d'été, j'ai poursuivi des ruisseaux murmurant au travers des frais feuillage et diffusant le doux clapotis de leurs cours follets dans une nature en plein éveil. J'ai parcouru des fleuves et leurs berges verdoyantes, j'ai longé les méandres tortueux de leur delta puis, soudain, j'ai plongé dans l'océan qu'ils alimentent par leurs eaux chargées d'alluvions… Sur l'aile de mes rêves, au fil de mes nuits les plus belles, porté et emporté par la douce magie du songe, émerveillé comme seul un enfant peut l'être, je me suis rendu compte que tout devenait possible. Inaccessible à l'homme, voler est l'apanage de l'oiseau, du rêveur, et je suis né sous le signe du faucon, là où les ailes légères du premier se confondent dans les paupières alourdies du second… Il n'est point de soir sans que je m'endorme en songeant aux pays merveilleux que je vais découvrir dans les heures qui s'annoncent et qui s'amoncellent déjà dans l'antichambre de mon impatience. Il n'est point de nuit sans que mes yeux ne se ferment sur un esprit paré à prendre son envol. Il n'est point de matin sans que je ne m'éveille, l'âme aérienne, le cœur léger, l'esprit rempli de bleu du ciel et les yeux rougis par le vent qui me porta durant la nuit. Sur mes bras et partout dans mon lit, des plumes fines et soyeuses sont la preuve irréfutable que je n'ai pas rêvé! Non, je n'ai pas rêvé, j'ai bel et bien volé, blotti tel un enfant cherchant le réconfort, dans les bras accueillants de Morphée… |