Texte
et/ou photo du jour - Page 130 -
du 22 mars 2004 |
| Pourquoi les anges ont des ailes... Gaspard Hauser se souvient… … de l'histoire d'un garçon qui était fou d'aviation. Fou de vol à voile, de deltaplane, de parapente ou parachute et de tout ce qui pouvait l'emmener à la rencontre des oiseaux. Il avait vingt-deux ans. Tout juste adulte par la taille mais encore enfant dans son esprit, les deux âges se mélangeant dans son cœur… Par un soir calme et frais de printemps, il gravit la pente, la fleur aux dents, un sourire à la face et son aile delta sur l'épaule. Arrivé au sommet du mont depuis lequel il avait l'habitude de s'élancer, il déplia sa voilure, fixa son harnais, coiffa son casque et, du bord de la falaise et après un court élan, bondit dans les airs. Tel un oiseau majestueux, il prit son envol et commença de planer avec la légèreté de l'aigle. Son vol dura quelques secondes. A six cents mètres du sol, il plongea soudain. Sa voile, incompréhensiblement, sembla se disloquer et vint, entraînant avec elle le corps du jeune homme, se fracasser contre les rochers. Il ne souffrit point, mais sa passion, comme lui, mourut instantanément, anéantie par le traumatisme de l'avoir perdu… Sa mère vivait seule. Femme admirable qui avait le même âge que la mienne… Son fils, c'était son seul bonheur. Si peu épargnée par la vie qui lui avait fait, dans le don précieux de cet enfant, le seul vrai cadeau d'un demi-siècle d'existence. Clouée sur la croix de son chagrin, elle demeura très digne. Mais moi qui la connaissait bien, j'eus tout loisir et l'effroi de constater, à chacun de ses sourires, que son regard avait perdu la vie… Le soir du premier anniversaire de l'accident, elle grimpa sur le mont et, du même endroit depuis lequel son fils avait effectué son dernier envol, elle sauta à son tour. Mais sans aile ni parapente… C'était il y vingt-cinq ans aujourd'hui même. Vingt-six pour son fils adoré, mon copain d'enfance… Tous deux se sont rejoints dans les airs et volent ensemble sur l'aile de l'éternité. Il m'arrive parfois de les rejoindre, la nuit, au plus profond de mes rêves. Mais dieu que les réveils sont cruels… Ils étaient mes amis et ils me manquent terriblement! Je ne les oublierai jamais… A Paul et Marie Verlhène, de la part du pauvre Gaspard… |