Texte et/ou photo du jour - Page 123 - du 6 janvier 2004


Heureuse Fanny, ou le conte d'une nuit d'hiver...

Je marchais dans le désert par une froide nuit d'hiver. Le ciel était d'encre et seul un fin croissant de lune éclairait bien faiblement les dunes se succédant à perte d'imagination plus que de vue… Les étoiles scintillaient dans le firmament. L'infini et l'impénétrable me giflaient la face, jouant avec mon regard qui tentait de voir plus loin que ces limites intemporelles et sans consistance. Un point de lumière, plus jaune que les autres, irrésistiblement se fixa au centre de ma vue. Tel un gros flocon resplendissant d'or fin, il virevoltait dans le ciel, filant à droite, à gauche puis, finalement, partant dans tous les sens. Le point mystérieux grossissait, semblant se rapprocher à vive allure. J'interrompis ma progression hésitante, entravée par un sol sablonneux se dérobant sous mes pas. Je fixai l'objet. Ses folles arabesques avaient cessé et il restait parfaitement immobile dans le ciel. Il avait encore grossi… Paraissant le quart de la taille de la lune, il était infiniment plus brillant et d'une couleur bien plus chaude. Il rayonnait. Des ondes tièdes parvinrent à mon visage et je sentis la chaleur m'envahir. Une infinie douceur prit place dans mon être tout entier et mon cerveau fut délivré, comme par enchantement, de tous les tourments qui l'habitaient… Soudain, de l'astre inconnu rempli de magie, un petit éclair blanc se dessina. Un trait de lumière, hallucinant mais pas le moins du monde effrayant, jaillit devant moi.

Et l'enfant se matérialisa d'un coup. Il était vêtu tout de blanc et ses cheveux blonds partaient dans tous les sens. Déposé par le faisceau de lumière sur le sommet de la dune la plus proche, il se tourna vers moi et vint lentement à ma rencontre. Emerveillée, je le regardais progresser dans ma direction. Dans sa main, il tenait une fleur. Son visage était plein de taches de rousseur. Lorsqu'il fut tout proche, il s'arrêta et me fixa longuement, sans rien dire. Yeux écarquillés et bouche bée, je le regardais sans oser bouger. Il tendit sa main dans ma direction. Je fis de même mais, malgré qu'il fut si près de moi je n'arrivais pas à toucher sa main…. Un sourire éclairait son visage. Il fit encore un pas dans ma direction et me tendis la fleur qu'il tenait dans sa main. Je voulus la saisir, persuadée que je n'y parviendrais pas, mais le miracle se produisit. La fleur passa de ses doigts aux miens et j'en fus remplie de joie. Il me regarda encore un long instant, puis sa silhouette devint trouble, inconsistante, et disparut totalement. Je levai les yeux au ciel et je vis la boule d'or repartir et diminuer très rapidement de taille. Puis, plus rien. Plus la moindre trace de cet instant magique.

Je dirigeai mon regard vers le bout de mes doigts et vis que la fleur était toujours là. Elle dispensait la lumière comme l'enfant avait su le faire et sa chaleur me réconfortait dans les froidures de cette nuit glaciale. Je repris ma progression et me dirigeai bien vite dans la direction de ma maison. Pressée, je ne sais trop pourquoi, de rentrer chez moi…

Cela se passait dans une nuit de janvier, il y a très très longtemps. Trois mages virent cette même nuit, mais bien plus tôt encore, ce qu’ils prirent pour le Christ. On les fête chaque année pour cette raison. Moi je suis simplement certaine d’avoir vu un Petit Prince… Et depuis cet instant mémorable, c'est chaque jour et chaque nuit que mon cœur est en fête, inondé de lumière par une petite fleur, que j'ai plantée dans une petit pot de terre, et dont l'éclat ne s'est depuis jamais terni…

Depuis cette nuit-là, tout le monde m’appelle Happy Fanny…

A Saint-Exupéry et à tous ceux qui, comme lui, nourrissent et entretiennent le rêve…