Texte et/ou photo du jour - Page 122 - du 30 décembre 2003


C...

Le vent pervers du temps qui passe me gifle la face, s'amusant à planter sur ma peau ses piques assassines. Ma progression n'est pas aisée et j'avance au pas du hérisson. Dans mon cerveau en ébullition, toujours les mêmes images. Les traits connus et chers de celle qui m'a cloué le cœur sur la croix que je porte en titubant tout le long du chemin. Pourquoi la vie s'amuse-t-elle, après nous avoir fait don du meilleur, à nous plonger dans les abîmes insondables de la déchéance? Déchéance morale, spirituelle, plus encore que physique. Le cerveau se meurt, l'esprit se vide de toute consistance et se perd à travers les méandres noirs dans lesquels l'horizon bleuté, synonyme d'espoir, devient totalement invisible…

Tout ce que j'ai perdu, jamais ne me sera rendu. Entendre cette femme à la voix chaude chanter dans la langue du Chevalier à la triste figure, me ramène des mois en arrière. Et je me souviens d'elle… Je sais que je ne devrais pas, mais le chant est si parfait, la langue si pure, la plainte si lascive que je n'y résiste pas. Je suis l'homme d'un seul amour. Je l'ai trouvé… Et je l'ai perdu! Je n'ai pas su le garder et lorsque j'ai mesuré l'ampleur du désespoir de l'avoir égaré, il était trop tard… Une marche arrière est souvent vaine car l'autre progresse dans le sens opposé et le rattraper devient dès lors impossible. Alors, il ne reste plus que les souvenirs pour prendre conscience de la valeur de celle qu'on n'a pas su retenir…