Texte et/ou photo du jour - Page 112 - du 5 octobre 2003


S'envoler vers les Amériques...

Genève, le 27 avril 1979. L’impressionnant Jumbo de Swissair a plus de deux heures de retard… Je suis impatient d'embarquer. Je vais prendre l'avion pour la première fois et ainsi traverser l'Atlantique. New York m'attend et je trépigne d’excitation à l'idée de la découvrir… Ce voyage, ça fait des mois que je le prépare, que j'y songe et que je me réjouis de l'effectuer. Huit heures trente de vol, je ne me représente pas vraiment ce que cela signifie, mais je sais déjà qu'en posant ses dix-huit roues sur la piste de l'aéroport Kennedy, le 747 fera de moi le plus heureux des hommes!…

Dehors, il pleut! Et toutes les larmes du ciel me rendent encore plus impatient de m’envoler. Nous embarquons enfin. Avec quatre de mes collègues de travail, nous avons décidé de partir à la conquête de l'Amérique, tous pour la première fois et tous impatients de nous y rendre. Mais si le voyage est collectif, ce que je ressens m'est très intime et je ne puis partager avec personne l'excitation secrète qui est en moi. Je ne connais de New York que ce que les images de la télé et de quelques beaux livres m'en ont raconté. Largement suffisant pour me donner l'envie irrésistible de la découvrir… En grimpant l'échelle menant à la cabine, je songe à Joe Dassin et à son fameux tube "l'Amérique"...

A côté de moi, l'un de mes collègue est vert… Terrifié à l'idée de prendre l'avion, il a dû faire un effort surhumain pour ne pas se dégonfler. Moi, ça va. Je me plais à bord et je suis sans la moindre appréhension. Le décollage… Enfin! Et la montée vertigineuse pour aller caresser le soleil… ou le visage de dieu, comme il est question dans un fameux poème… Bien calé dans mon fauteuil, j'imagine mille chose sur la "grande pomme"… Je brûle d'impatience à l'idée de fouler son sol et de gravir l'Empire State Building. Le vol est calme, les hôtesses sont charmantes et attentionnées. Tiens, bizarre, mon voisin, d'habitude si intéressé par la gent féminine, paraît soudain comme insensible à leur charme... L’obscurité commence gentiment à étendre son emprise sur tout ce qui enveloppe notre belle et puissante machine filant, cap à l'ouest, à près de neuf cents kilomètres à l'heure…

Lorsqu'elle atterrit, après un peu plus de huit heures de vol, il fait nuit noire. Les passagers américains applaudissent à tout rompre et mon collègue perd son teint de grenouille anémique… Retrait des bagages, police et douane. Je suis impressionné par les contrôles, angoissé à l'idée que mon visa puisse ne pas être en règle. Mais tout se passe bien. On embarque dans un gros bus comme ceux qu'on voit dans les films américains et en route pour Manhattan. Mon cœur bat la chamade et j'essaie d'apercevoir au loin les lumières de la ville. Hôtel Lexington, à l'angle de l'avenue du même nom et de la 48ème rue… Prise en charge des chambres et sans prendre le temps de défaire les bagages, départ immédiat, à pied, en direction de Times Square et Broadway…

Dehors, le pluie récente apporte aux rues scintillantes un éclat et une féérie qui me renversent d'émotion. Je suis à New York! Je suis à New York et j'ai bien de la peine d'y croire. L'Amérique est à mes pieds et sa ville la plus belle, la plus envoûtante, m'invite à plonger dans ses bras grands ouverts. Je perçois le bruit strident de ces fameuses sirènes entendues dans les feuilletons "made in US" et je n'en crois pas mes oreilles! Je suis heureux et tombe spontanément amoureux de cette mégalopole majestueuse et pleine de saisissants contrastes…

Merveilleuse invention que l’aéroplane ! Rendant les distances presque insignifiantes et moyen merveilleux de concrétiser certains rêves que d’autres, mes lointains ancêtres, n’ont pas eu le bonheur ni la joie de connaître… Merci Orville, Wilbur et tous les autres. Votre saut de puce de Kittyhawk est directement à l’origine du vol de six mille kilomètres que je viens d’effectuer avec un bonheur rare. Depuis ce jour du printemps 79 et jusqu’en 1990, ce voyage, je l'ai refait sept fois, sans jamais m'en lasser et toujours avec le même émerveillement ! Pour le vol et pour la ville…