Texte
et/ou photo du jour - Page 106 -
du 6 septembre 2003 |
| Stinson & Studebaker... En effeuillant religieusement hier soir un récent album consacré au maître américain Gil Elvgren, peintre génial de ces superbes "pin-up" des années 40-50, je me suis plongé dans l'atmosphère fébrile d'un temps où le romantisme vivait ses heures les plus belles, où l'homme honorait la femme au travers d'une galanterie non feinte et feutrée qui, aujourd'hui, n'existe plus et où le suave raffinement entourant chaque geste que l'un portait à l'autre a laissé la place à une indifférence insupportable qui me navre profondément... Sur un terrain d'aviation, par un bel après-midi d'automne baigné de lumière, l'appareil chauffe ses chromes sous les rayons puissants d'un soleil ayant largement dépassé le zénith de son cours. Devant le petit terminal de campagne, un splendide coupé Studebaker Champion Delux 1941, jaune et blanc se gare lentement, faisant virevolter mille feuilles dans son mourant sillage. C'est le milieu de l'automne et les arbres, sous la paume d'un vent caressant, perdent à grosses gerbes leur habit jaunissant d'octobre. De la voiture aux lignes antiques s'extirpe un homme qui en fait le tour pour ouvrir la portière de sa passagère. En glissant ses longues jambes hors de la voiture, la dame laisse entrevoir leur galbe parfait, finement enveloppé d'un bas de soie à la couture fine et droite montant impeccablement de son talon vers le haut de sa jambe. Elle est sobrement maquillée et sa chevelure de feu, qu'agite le vent tiède, balaie son front et ses yeux d'un vert des plus émouvants. Elle écarte ses cheveux d'un revers de sa fine main blanche et d'un geste très glamour, souriant à son compagnon. Il lui offre galamment son bras et tous deux pénètrent dans le hangar, le traversent sous le regard ravi des badauds paraissant soudain pétrifiés par le charme de cet instant fugace et se dirigent vers le luxueux Stinson, immobile telle la statue de marbre posée sur son carré de verdure... Monsieur aide la jeune femme à s'installer sur le siège avant. Dans un délicieux crissement soyeux des bas qui se frôlent, elle ramène délicatement ses longues jambes à l'intérieur de la cabine et l'homme, protégeant la robe ample et légère de sa passagère, referme avec délicatesse la porte sur elle. Il fait le tour de son bel oiseau de fer et de cuirs et s'installe au commandes, fier de son magnifique Reliant paré de pourpre et d'or. Le Lycoming se met en marche en crachant de petits bouquets de fumée bleue et son hélice brasse l'air en projetant au loin les feuilles que le vent amassa sous ses flancs. L'avion bouge lentement et se dirige vers l'extrémité du long champ tapissé d'herbe rase pour prendre son élan… Le soleil, bas sur l'horizon, éclaire le tableau en lui donnant là toute la magie romantique qu'il est capable parfois d'offrir à certaines scènes puisées dans la course lente du temps. Le beau monoplan rouge s'aligne et, pleins gaz, roulant de plus en plus vite, décolle dans un sourd et chaud vrombissement qui s'estompe au fil des secondes... Bientôt, il n'est plus qu'un point minuscule dans le ciel mais au sol encore la magie continue d'opérer, enveloppant chaque parcelle de vie d'un halo magique et solennel dont il fait si bon s'imprégner dans ces moments rares et réconfortants. Instants sublimes et lointains, pour ne pas dire disparus, à jamais empreints d'une émotion bouleversante pour tous les nostalgiques ne craignant pas de revendiquer leur appartenance à ce monde prétendu désuet du romantisme... |