Texte
et/ou photo du jour - Page 99 -
du 10 août 2003 |
"Lily la Brumeuse"... (Surnom du Lockheed 12 Electra Junior de Bernard Chabbert, journaliste et webmaster de www.pegase.tv) "Lily la Brumeuse", ce pourrait être le titre d'un film… Un long métrage tourné par Eve Cetera (épouse de Bernard Chabbert), pourquoi pas? Tout ce qu'elle nous a offert jusqu'ici prouve qu'elle en serait digne… Un film romancé qui raconterait l'histoire d'un avion. Pas n'importe lequel, non. Un de ceux qui ont vu le jour sous le trait de crayon inspiré de ces fameux dessinateurs de merveilles volantes qui sévissaient en ces temps-là. Une naissance magique, concrétisée au temps où le petit grain de saine folie habitait leurs cerveaux de "génies de la courbe faite de grâce et d'audace". Bien après la fin des années folles. Les moments ultimes de paix d'une nation pas encore en guerre, dont certains ont su tirer profit pour nous offrir quelques-unes des plus pures splendeurs de la mécanique du vol. Les années suivantes seront terribles! Mais là, j'empiète sur la suite de l'histoire… "Hazy Lily" serait donc l'héroïne d'une histoire débutant là où finissent les années trente. Elle en serait la vedette et le sujet du film. Il nous raconterait le parcours d'un bimoteur flambant neuf, tout juste sorti d'une usine californienne et dont les ailes et les flancs scintillants serviraient de miroir à des soleils couchants agrémentant avec bonheur le sombre voulu d'une pellicule des plus noires… Les premiers vols embarquant quelques passagers privilégiés, ravis et admiratifs des lignes si pures de cette gracieuse demoiselle volante. Si belle qu'on ne peut qu'employer le féminin pour la qualifier… L'histoire nous raconterait la passion de ceux qui la firent briller, rutiler, voler pour le plus grand bonheur d'hommes et de femmes qui ne savaient pas encore qu'un jour elle deviendrait une légende de l'air… On suivrait son parcours plus tourmenté lorsque la folie des humains a bien failli l'anéantir. La guerre est terrible pour les avions! Ils sont les premières victimes de ces déments combats et la perte de l'un d'entre-eux décuple les forces de l'homme pour la remplacer au plus vite. Si peu de place en leur cœur pour l'âme d'un amas de ferraille censé leur faire gagner le conflit… Mais il fallait les comprendre. La vie de millions des leurs avait infiniment plus d'importance que le matériel servant à les transporter d'un champ de bataille à l'autre. "Lily la Brumeuse" s'extirpa sans bobos des combats. Elle survécut, contrairement à tant d'autres… Après la guerre, on la retrouve de ce côté-ci de l'Atlantique, chez un Anglais peut-être pas très coton… Elle a quitté son pays natal et, pleine jusqu'à ras bord d'appareils photos et de caméras, elle gagne sa vie en survolant les autres vainqueurs de la guerre, devenus, allez donc comprendre, des ennemis qu'on espionne… Mais, aux yeux des romantiques que nous sommes, une histoire n'a d'intérêt que si elle se termine bien. Et là, Lily ne pouvait trouver plus bel épilogue à son passionnant parcours. Le rebut, elle ne le connaîtra jamais, contrairement à tant de ses consœurs moins chanceuses. Avant que l'heure de la retraite ait le temps de résonner contre ses flancs toujours scintillants, quelques passionnés vont lui redonner l'élan qu'elle avait dans sa jeunesse et qui, finalement, ne l'a jamais quittée… L'air qui la nourrit a, de ce côté-ci de la planète, des senteurs qu'elle semble apprécier. Ses vols vont reprendre. Elle foulera l'herbe grasse du pays des fromages, la verte pâture des grandes prairies normandes et se nourrira des filets d'air, ici tout aussi bons qu'ailleurs et pourquoi pas meilleurs, qui la portent et l'attirent toujours plus haut dans le ciel… Puis, elle deviendra la monture (référence au cheval, la plus noble conquête vivante de l'homme) préférée d'un amoureux des beaux avions, lequel lui réservait depuis longtemps et peut-être sans même la connaître, la plus belle place dans son cœur. Elle sera le plus fier étendard dont cet homme, un puriste évoquant tout ce qui vole avec un amour et une poésie jamais égalés, pouvait rêver pour concrétiser son amour du ciel et des belles machines qui le sillonnent. La façon dont il nous parle parfois d'elle, de sa Lily, laisse transparaître un respect, un amour et une admiration infiniment touchants. Il l'aime, elle le mérite et nous en sommes tous conscients et émus… Elle devient aussi l'emblème d'un site Internet et la représentation la plus belle d'un cheval qui nous conte la Légende du Ciel et qui, sous son aile légère, emporte les rêveurs que nous sommes tous dans des endroits magiques comparables à ceux que Saint-Ex savait si bien nous décrire… L'histoire se termine. Le film approche de son dénouement. Mais pas la vie de "Lily la Brumeuse". Plus que trois fois majeure, elle est encore bien loin de passer le cap du troisième âge. D'ailleurs, elle ne le passera jamais… Car l'amour qui l'entoure et dont on la couvre chaque jour est une éternelle cure de jouvence dont jamais, au grand jamais, ni elle, ni ceux qui la bichonnent, l'entretiennent et la font voler avec une religieuse passion, ne sauront se lasser… |