Texte
et/ou photo du jour - Page 98 -
du 8 août 2003 |
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Les corneilles et le pilote émerveillé... Les premières aurores, sur un terrain d'aviation, ont toujours quelque chose de magique! Dans un ciel virant du froid gris-bleu à l'ocre le plus chaud, deux corneilles passent dans une formation parfaite et semblent, de leurs cris stridents, se moquer de moi, pauvre piéton dépourvu d'ailes. Ricanez jolis fendeurs de brises scintillants! Je n'ai peut-être pas d'ailes mais je vais voler… Le soleil est encore sous l'horizon et, désireux de le voir inonder la plaine d'en haut, je grimpe et m'installe aux commandes du Cessna 172. Checks, magnétos, démarreur. Ca tourne rond! Roulage, run up et décollage, virage à droite et montée calme, sans la moindre turbulence, dans un ciel qui m'appartient! Sur ma gauche, j'aperçois Annecy! La plus belle petite ville de France! Posée au bord de son lac, le plus beau de France, tout encore baigné de torpeur et dont nulle vague ne vient troubler le doux sommeil. Cap au sud! Survol de la rive ouest du lac, tout en montant gentiment. D'ordinaire si bleu, l'heure très matinale lui donne une couleur sombre et uniforme. Mais le soleil va bientôt arranger ça… Le voici d'ailleurs qui se lève, sur ma gauche, jouant encore à cache-cache entre les pics qui lui barrent le passage. A l'est, je ne vois plus rien, tant ses rayons sont intenses. Mais l'ouest est clair et prend les teintes émouvantes de ces instants uniques dont je ne me lasserai jamais… Je suis à la verticale de la pointe sud du lac d'Annecy. Je continue, cap au sud-est jusqu'à Albertville, puis bifurque en direction du sud-ouest, en suivant la vallée de l'Isère. Je suis à 5000 pieds et j'aperçois sur ma gauche les sommets du Massif de la Vanoise. Ombres chinoises sombres et immobiles se découpant parfaitement dans un ciel embrasé. Sur ma droite, la barrière de la Grande Chartreuse est elle parfaitement éclairée. Les roches, d'habitude si grises, ont pris des couleurs chaudes et les ombres qui la jalonnent forment des contrastes saisissants dans un ciel toujours plus bleu. Je survole Pontcharra, un nom que j'adore je ne sais trop pourquoi, puis, devant moi, Grenoble se présente, inondée de lumière dans un matin époustouflant de beauté. Sur ma droite, les massifs rocheux s'effondrent et paraissent plonger en direction de la ville. Coup de manche à tribord, je coupe les gaz et je me laisse planer dans une descente vertigineuse. Je me sens comme l'aigle, ayant quitté son aire et plongeant, yeux grands ouverts, sur une proie qui n'a plus la moindre chance de lui échapper. Je redresse à 2500 pieds et augmente la puissance. Direction Voiron et le lac de Paladru. Je l'aperçois dans le lointain. Je descends encore un peu, de façon a profiter pleinement du panorama exceptionnel qu'il daigne m'offrir. Voici un endroit béni des Dieux! Ce petit écrin de verdure au milieu duquel les eaux bleues du lac se prélassent est, vu du ciel, parmi les plus merveilleux qu'il m'ait été donné de voir. Je décris un large cercle au-dessus des flots, bleu au centre et turquoise sur les bords, et je suis émerveillé par tant de beauté. L'aile haute de mon appareil est un ici un divin avantage!... Ce doit être la sixième ou septième fois que j'y viens et que je les survole ainsi sans jamais m'en lasser… Je continue en direction du nord-est, de façon à survoler le lac d'Aigueblette, lequel est tout aussi beau que le précédent, puis je remonte la rive ouest du lac du Bourget. J'aperçois, le survolant en descente, un Gulfstream IV. La finale sur Chambéry, dans ce sens-là est quelque-chose d'unique et de somptueux. Je reprends un peu de hauteur et, arrivé à la pointe nord du lac, je vire à droite et me dirige sur Annecy. Je passe à la verticale de Rumilly puis descend lentement de façon à m'intégrer dans le circuit de l'aéroport d'Annecy-Meythet. Le soleil inonde maintenant la plaine et la ville. Un œil à la manche m'indique un léger vent d'ouest. Vent arrière, base et atterrissage piste 22. Roulage à l'aéro-club, parking et arrêt du moteur. Je reste là, revivant pendant quelques instants ce superbe vol. Le survol de ces quatre lacs, certainement parmi les plus beaux de France, tous réunis dans un périmètre aussi restreint, fait partie de mes plus beaux moments d'aviation. Je m'extirpe du cockpit et cherche du regard les deux corneilles que j'avais aperçu avant le vol. Elle ne sont plus là. Dommage! Car j'aurais pu leur crier que des vols comme celui que je viens d'effectuer, elles en ont peut-être déjà fait, mais que le plaisir qui fut le mien, ça, jamais elles ne pourront l'éprouver… |