Texte et/ou photo du jour - Page 83 - du 27 mai 2003


Le rêve englouti d'un enfant...

Kamouraska, sur les rives du Saint-Laurent, au quarantième jour d'un automne flamboyant. Dans les prés dominant le fleuve, un jeune garçon tente de donner vie à son rêve. Une feuille de papier. L'enfant la découpe de quelques coups précis de ciseaux, plie une partie, puis l'autre qu'il emboîte dans la première. Le vent souffle et dispense l'anarchie dans ses cheveux. Sur les branches des érables écarlates, les feuilles à l'agonie mais pourtant parées des teintes exubérantes de la vie, s'agitent sous l'invisible caresse du vent. Le petit avion de papier est prêt pour son premier envol. Face à cette brise bienvenue et d'un geste précis, il le fait s'élancer dans les airs…

L'avion s'élève majestueusement, comme posé sur le duvet moelleux de cette vague qui l'emporte. Il vole ainsi, quelques secondes, puis une bourrasque soudaine, plus ardente que les autres, le projette violemment contre l'arbre le plus proche. Ses ailes se faufilent miraculeusement entre les feuilles qu'Eole agite avec une vigueur irrésistible. Mais l'avion de papier percute le tronc rigide de l'érable et, désarticulé, s'abîme dans le champ de feuilles formant un lit douillet au pied de l'arbre de feu. Agité de courtes trépidations, de soubresauts sous les bourrasques folles, il est emporté au loin, sautant de point en point, escorté par mille feuilles qui tourbillonnent dans le bal maudit des airs… Puis il disparaît, happé et disloqué par cette masse infiniment plus forte que ses fragiles ailes…

Son petit avion est mort et une tristesse infinie prend place dans le cœur et les yeux de l'enfant… Avec rage, il tourne alors sa chaise roulante et, poussant avec l'énergie du désespoir sur les roues de métal et de caoutchouc, il se lance à la poursuite de son rêve envolé, à jamais englouti…